Accusé d’avoir utilisé des procédés interdits pour filtrer l’eau de ses bouteilles, Nestlé Waters annonce avoir modifié son dispositif sur le site de Vergèze (Gard). Mais les autorités attendent désormais des preuves que ses eaux répondent toujours aux critères stricts de l’appellation « eau minérale naturelle ». Trois jours avant l’échéance fixée par le préfet du Gard, Nestlé a affirmé avoir remplacé ses filtres controversés de 0,2 micron par un nouveau système à 0,45 micron. Ces derniers avaient été jugés illégaux car considérés comme altérant la composition microbiologique de l’eau, ce qui contrevient à la directive européenne de 2009 encadrant les eaux minérales naturelles. Cette directive impose une pureté absolue à la source et interdit toute désinfection ou traitement ayant un effet sur la flore microbienne.
L’ultimatum du préfet et l’enjeu de l’appellation
Le préfet Jérôme Bonet, qui avait mis en demeure Nestlé le 7 mai, exige désormais une démonstration claire que ce nouveau dispositif ne modifie pas le caractère naturel de l’eau. Ni la préfecture ni l’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie n’avaient encore reçu, ce jeudi soir, de document technique certifiant que les filtres avaient été remplacés comme annoncé. L’ARS est mandatée pour effectuer des vérifications sur site. Nestlé a jusqu’au 7 août pour produire la preuve que la nouvelle filtration respecte les règles en vigueur, faute de quoi la marque Perrier pourrait perdre son statut d’eau minérale naturelle, voire son autorisation d’exploitation.
Contaminations répétées et sources menacées
Au printemps 2024, plus de 3 millions de bouteilles avaient été détruites à cause de la présence de bactéries fécales. En 2025, 300 000 autres ont été bloquées. Pour tenter de contenir les risques, le groupe prévoit désormais d’abandonner deux ou trois de ses cinq puits actuels. Dans un communiqué publié jeudi, il affirme vouloir déposer un nouveau dossier d’autorisation d’exploitation. Mais pour la commission d’enquête sénatoriale sur les eaux en bouteille, la situation reste préoccupante. Le rapporteur Alexandre Ouizille dénonce une validation politique en 2023 d’un procédé pourtant interdit, et pointe le fait que les eaux brutes de Perrier restent contaminées. Selon un rapport confidentiel d’hydrogéologues mandatés par l’État, les captages ne sont plus d’une pureté suffisante pour se passer de traitement. Nestlé, déjà affaibli par des accusations similaires sur ses marques Vittel, Hépar et Contrex, joue ici la survie de l’un de ses fleurons. Et l’État, mis en cause pour son laxisme, devra faire preuve de fermeté pour restaurer la confiance dans un marché sensible et très réglementé.