Pas-de-Calais : deux projets de reprise en concurrence pour sauver la verrerie Arc et ses 3 500 emplois
Pas-de-Calais : deux projets de reprise en concurrence pour sauver la verrerie Arc et ses 3 500 emplois

L’avenir de la verrerie Arc se joue désormais entre deux scénarios distincts. Jeudi 29 janvier, les organisations syndicales ont confirmé le dépôt d’au moins deux offres de reprise pour ce fleuron industriel installé à Arques, dans le Pas-de-Calais, et placé sous procédure judiciaire. Les deux projets émanent d’anciens dirigeants du groupe, bien décidés à reprendre la main sur une entreprise qui emploie encore environ 3 500 salariés sur son site historique.

Les candidats avaient jusqu’à la veille pour transmettre leurs propositions au tribunal. Si la direction d’Arc n’a pas confirmé officiellement le nombre exact d’offres reçues, les syndicats indiquent que deux dossiers structurés sont bien sur la table. Le premier est porté par Timothée Durand, ancien dirigeant issu de la famille fondatrice. Le second émane de Patrick Puy, qui a présidé l’entreprise entre 2013 et 2015.

Deux visions opposées sur l’emploi et la stratégie

L’offre de Timothée Durand apparaît, aux yeux des représentants du personnel, comme la plus détaillée sur le plan industriel et financier. Elle prévoit toutefois une réduction significative des effectifs. Selon une source proche du dossier, le projet repose sur le maintien d’environ 2 700 emplois sur le site français d’Arques. Il inclut 300 licenciements secs et anticipe 500 départs volontaires, dont 400 départs anticipés à la retraite et une centaine de départs spontanés. Une trajectoire jugée réaliste par son auteur, qui estime que la situation actuelle d’Arc résulte d’un sureffectif structurel.

À l’inverse, Patrick Puy défend une approche radicalement différente sur le plan social. Il promet une reprise sans licenciement et met en avant une stratégie de relocalisation des activités du groupe en France. Son projet s’appuierait sur un investissement compris entre 60 et 70 millions d’euros, sans que l’origine précise des financements n’ait encore été détaillée. Cette absence de clarification alimente les réserves de certains syndicats, malgré un discours socialement plus favorable aux salariés.

Des syndicats prudents et exigeants

Du côté des représentants du personnel, l’existence de deux offres est perçue comme un signal positif, mais insuffisant en l’état. Les syndicats estiment que les deux projets doivent encore évoluer pour devenir acceptables. L’offre de Timothée Durand est jugée techniquement aboutie mais socialement très dure, en raison du nombre de suppressions de postes envisagées et des incertitudes autour des départs volontaires réellement réalisables. Celle de Patrick Puy est considérée comme plus protectrice pour l’emploi, mais trop incomplète sur les aspects financiers et opérationnels.

Les organisations syndicales indiquent qu’elles soutiendront en priorité le projet le moins pénalisant pour les salariés, tout en demandant des garanties solides sur la pérennité industrielle du site. La question de la viabilité économique à moyen terme reste centrale, alors que le groupe opère également trois usines à l’étranger, aux États-Unis, en Chine et aux Émirats arabes unis.

Un calendrier judiciaire resserré

Les deux candidats disposent désormais de plusieurs semaines pour affiner leurs propositions. Les offres définitives devront être consolidées d’ici au 5 mars. Une audience décisive devant le tribunal de commerce pourrait intervenir autour du 10 mars, date à laquelle une décision sur la reprise pourrait être rendue.

Pour les 3 500 salariés d’Arques, l’attente se prolonge dans un climat mêlant espoir et inquiétude. Symbole de l’industrie verrière française et acteur historique des arts de la table, Arc joue une partie décisive de son avenir. Entre restructuration assumée et promesse de relocalisation, le choix du repreneur pèsera durablement sur le destin industriel et social du bassin d’emploi du Pas-de-Calais.

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