Nîmes : un youtubeur allemand tourne un “ghetto tour” près d’un point de deal
Nîmes : un youtubeur allemand tourne un “ghetto tour” près d’un point de deal

La vidéo, qui a cumulé plus de 90 000 vues avant d’être supprimée, a été tournée dans le quartier sensible du Mas de Mingue. Elle met en scène un point de trafic de drogue dans une ambiance de film d’action. Un format jugé aussi sensationnaliste que préjudiciable, dénoncé par la mairie et les syndicats de police. Micro-cravate vissé sur le col et caméra à l’épaule, le youtubeur allemand “LuckyLuke030” s’est offert un nouveau terrain d’exploration dans son tour d’Europe des quartiers sensibles. Après Marseille ou Toulouse, c’est à Nîmes qu’il pose ses valises pour ce qu’il appelle un “ghetto tour”, un format controversé où il s’invite dans des zones de trafic pour les présenter comme des curiosités touristiques.

Barbecue, bonbons, fumigènes et discours choc

Dès les premières images, le ton est donné : “Nîmes, c’est la guerre !” lance-t-il, encadré d’individus cagoulés, dans un décor enfumé par des fumigènes, barbecue allumé et bonbons disposés sur une table de fortune à côté de boissons alcoolisées. La scène se veut immersive. Mais selon les autorités locales, elle est surtout théâtralisée. “Ça ne se passe pas comme ça dans la réalité”, tranche Mélissa Gill, représentante du syndicat Alliance Police dans le Gard. “Mes collègues y sont tous les jours. Ce qu’on voit dans cette vidéo est clairement scénarisé.” Même son de cloche du côté de la mairie. L’adjoint à la sécurité, Richard Schieven, affirme que l’enregistrement n’a rien de spontané et envisage de porter plainte. “C’est une mise en scène montée avec l’accord des narcotrafiquants du secteur. Ce type de vidéos nuit gravement à l’image de la ville et banalise des faits graves.”

Entre crainte locale et instrumentalisation du trafic

Dans le quartier du Mas de Mingue, les riverains s’insurgent. “Nîmes, ce n’est pas que la drogue !” lâche une habitante. Une autre confie son inquiétude : “J’ai des enfants, je ne peux pas les laisser dehors en toute sérénité.” Au-delà de la polémique autour de la vidéo, la réalité du terrain reste préoccupante. Une récente note de la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) alerte sur la recrudescence des violences liées aux trafics : 173 villes ont été touchées par des règlements de comptes en 2024, contre 144 trois ans plus tôt. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, est attendu à Nîmes ce vendredi pour aborder ces enjeux sécuritaires. En attendant, l’affaire du “ghetto tour” soulève une question brûlante : jusqu’où peut-on aller pour faire le buzz sans verser dans la mise en scène au détriment de la réalité et du vivre-ensemble ?

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