Coup de froid sur les chantiers ultramarins. Le mouvement HLM, par la voix de l’Union sociale pour l’habitat (USH), a accusé mardi le gouvernement de préparer une baisse « sans précédent » des crédits consacrés au logement social en Outre-mer en 2026. Dans le viseur, la ligne budgétaire unique (LBU), ce guichet spécifique qui irrigue directement les opérations de construction et de réhabilitation dans les départements et régions d’Outre-mer, là où le moindre logement coûte souvent plus cher et se finance moins facilement qu’en hexagone.
Derrière la formule, il y a des chiffres qui piquent. L’USH évoque une enveloppe « envisagée » de 127 millions d’euros pour 2026, répartie entre les cinq DROM: 15 millions d’euros pour la Guadeloupe et la Martinique, 24 millions pour la Guyane, 46 millions pour Mayotte et 27 millions pour La Réunion. Le secteur rappelle que la LBU dépasse habituellement les 200 millions d’euros en autorisations d’engagement et que celles-ci ont déjà reculé de 20% sur les deux dernières lois de finances, alors même que les Outre-mer comptaient près de 104.000 demandes de logements sociaux en 2025 et que 64% de la population y est éligible.
La « ligne budgétaire unique », nerf de la guerre dans les DROM
La « ligne budgétaire unique », nerf de la guerre dans les DROM Sur le terrain politique, la contestation remonte jusque dans l’hémicycle. À l’Assemblée, le député réunionnais Jean-Hugues Ratenon (LFI) a interpellé la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, sur la trajectoire réunionnaise: les bailleurs locaux redoutent un passage de 85,65 millions d’euros en 2024 à 27 millions en 2026. Réponse nette de la ministre: « Contrairement à ce que vous dites, l’État ne recule pas », parlant de simples mesures de gestion et de pilotage, et affirmant qu’une première vague représentant « plus de 50% des crédits inscrits » a été notifiée aux préfets, avec instruction d’avancer et de consommer rapidement les crédits.
Reste l’angoisse, très concrète, des programmes qui n’attendent pas les éléments de langage. À La Réunion, l’association régionale des bailleurs sociaux de l’océan Indien (ARMOS-OI) alerte sur une « rupture sans précédent » et chiffre les besoins: 1.832 logements neufs et 1.162 réhabilitations, pour 70 millions d’euros de demandes, bien au-delà de l’enveloppe anticipée. Dans ces territoires où l’insularité, les normes parasismiques et paracycloniques, le foncier rare et les aléas climatiques font grimper la facture, le logement social a rarement de la marge… et chaque arbitrage budgétaire se lit, très vite, dans la file d’attente.
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