Logement: le gouvernement veut rouvrir, sous conditions, la location des passoires thermiques
Logement: le gouvernement veut rouvrir, sous conditions, la location des passoires thermiques

Vincent Jeanbrun a lâché une petite phrase qui en dit long sur l’état du marché: l’exécutif envisage de laisser revenir des logements très énergivores à la location, mais « encadrés ». Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G au DPE sont interdits de mise en location, selon la loi « Climat et résilience » de 2021, et les F doivent suivre à partir de 2028. Sur le papier, la trajectoire est nette. Sur le terrain, l’offre locative se contracte et la crise du logement pousse le gouvernement à chercher une issue praticable.

Dans l’idée de Matignon, le mécanisme serait simple: autoriser la remise en location si le propriétaire signe un engagement formel à réaliser des travaux de rénovation énergétique dans un délai de trois à cinq ans. Objectif affiché, remettre environ 700 000 logements sur le marché. L’argument est concret: sans loyer, pas de trésorerie, et sans trésorerie, pas de chantier. Sébastien Lecornu revendique une ligne « pragmatique », tout en martelant que l’objectif de rénovation n’est pas abandonné.

Un bail, des travaux et une montre qui tourne

Reste la question qui fâche, celle que le locataire paie souvent au quotidien: comment contrôler, sanctionner, éviter l’engagement de papier qui finit dans un tiroir. Entre les copropriétés bloquées, les entreprises du bâtiment déjà sous tension et les délais qui s’allongent, le risque est connu. À force de vouloir relancer l’offre vite, on peut fabriquer un système à deux vitesses, où certains logements restent chers à chauffer pendant que d’autres basculent enfin vers des performances décentes.

Ce retour encadré s’inscrit dans un paquet plus large. Le gouvernement prépare un projet de loi logement attendu en Conseil des ministres dans les prochaines semaines, avec une première lecture à l’Assemblée nationale annoncée avant l’été. Dans le même mouvement, l’exécutif vise une cible de « deux millions de logements » à construire, veut retoucher la place des maires dans l’attribution des logements sociaux, aujourd’hui exercée par les préfets, et parle d’un renforcement d’un dispositif fiscal en faveur de l’investissement locatif. L’architecture est ambitieuse, presque un inventaire, signe que la pression monte de partout.

Autre annonce, celle d’un troisième programme national de rénovation urbaine, l’« ANRU 3 », avec une dimension sécurité intégrée. Matignon promet une refonte de la vie dans « des milliers de quartiers », pour un budget de plusieurs milliards d’euros encore en arbitrage. Le fil rouge se dessine: remettre du logement sur le marché sans renoncer à la rénovation, construire plus tout en réorganisant les responsabilités locales. Un équilibre instable, qui va se jouer dans le texte de loi, ses garde-fous et la capacité de l’État à tenir les délais qu’il affiche.

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