France et Europe : Danone étend le rappel de laits infantiles après une révision sanitaire
France et Europe : Danone étend le rappel de laits infantiles après une révision sanitaire

Depuis plusieurs semaines, les rappels massifs de laits infantiles se succèdent en France et à l’international. Guigoz, Gallia, Nidal, Blédilait, Babybio ou encore des références de groupes mondiaux sont concernés. En toile de fond, un même soupçon : la présence possible de céréulide, une toxine produite par certaines souches de Bacillus cereus. Si les industriels du lait ont multiplié les communiqués et les retraits de lots, un acteur clé de la chaîne d’approvisionnement reste étrangement muet. Il s’agit du fournisseur chinois Cabio Biotech, dont les ingrédients entrent dans la composition de nombreux laits infantiles.

Basé à Wuhan, le groupe est l’un des leaders mondiaux de la production d’acide arachidonique (ARA), un acide gras oméga-6 ajouté aux laits pour nourrissons afin de se rapprocher de la composition du lait maternel. Cet ingrédient, présenté comme bénéfique pour le développement cérébral, est aujourd’hui au cœur des inquiétudes sanitaires. Les autorités françaises ont confirmé que l’ingrédient suspect provenait de Chine, sans citer officiellement le fabricant. Mais dans les rappels de lots, un nom a fini par émerger.

Une filière mondiale très concentrée et dépendante

L’ARA est un marché étroitement contrôlé. La quasi-totalité de la production mondiale est concentrée en Chine, et Cabio Biotech y occupe une position dominante. Le groupe revendique plus de 300 clients répartis dans une trentaine de pays, parmi lesquels figurent des poids lourds de l’agroalimentaire comme Nestlé et Danone. Selon la presse économique chinoise, les commandes de ces deux groupes représentaient à elles seules près d’un tiers du chiffre d’affaires de Cabio en 2024.

Créée en 2004, l’entreprise s’est d’abord développée sur le marché intérieur chinois avant de s’imposer à l’international grâce à la fermentation industrielle de champignons Mortierella alpina. Introduite en Bourse en 2019, elle avait encore doublé ses capacités de production en 2022 pour répondre à une demande mondiale en forte croissance. Jusqu’à l’éclatement de l’affaire, ses ventes continuaient de progresser à un rythme soutenu.

Céréulide : un risque connu, une traçabilité contestée

La toxine suspectée n’est pas une découverte récente. Le céréulide est bien identifié par les autorités sanitaires européennes, qui alertent depuis plusieurs années sur ses effets, généralement digestifs, mais potentiellement graves chez les nourrissons. Deux enquêtes pénales ont été ouvertes en France après le décès de bébés ayant consommé des laits rappelés.

Dans ce contexte, la responsabilité du fournisseur d’ingrédients est scrutée de près. Officiellement, Cabio Biotech n’est pas formellement mis en cause à ce stade. Mais après qu’une marque européenne a explicitement évoqué une alerte émanant de ce fournisseur, les soupçons se sont intensifiés. D’autres producteurs chinois d’ARA ont publiquement nié toute implication, tandis qu’un concurrent européen a assuré que ses produits n’étaient pas concernés.

Silence industriel et pression réglementaire

Malgré l’ampleur de la crise, Cabio Biotech n’a livré aucune explication publique détaillée. Après une brève annonce évoquant la mise en place de tests internes début janvier, le groupe n’a plus communiqué. Cette absence de réaction a entraîné une chute de son cours de Bourse à Shanghai et provoqué l’envoi d’un courrier officiel des autorités boursières chinoises, invitant l’entreprise à s’exprimer rapidement. Sans réponse à ce jour.

Du côté des fabricants de laits infantiles, la stratégie évolue. Certains ont annoncé la suspension des approvisionnements en ARA d’origine chinoise et réclament la création d’une filière européenne ou française plus souveraine. Des ONG et des associations de familles ont déposé plainte, visant à la fois le fournisseur et les industriels, estimant que les contrôles étaient insuffisants sur un risque pourtant identifié de longue date.

La France a récemment abaissé le seuil toléré de céréulide, renforçant encore la pression sur les acteurs de la filière. Mais aucun cadre réglementaire strict n’impose aujourd’hui des méthodes de contrôle harmonisées aux fabricants de laits infantiles. L’affaire Cabio Biotech met ainsi en lumière une dépendance industrielle critique, une traçabilité fragile et un angle mort réglementaire, au moment même où la sécurité alimentaire des nourrissons se retrouve au centre du débat public.

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