C’est une affaire qui secoue le monde de l’influence franco-algérienne. Ce mardi, Sofia Benlemmane, suivie par près de 350 000 abonnés sur TikTok et Facebook, comparaît devant le tribunal correctionnel de Lyon pour des menaces de mort proférées sur les réseaux sociaux contre des opposants au gouvernement algérien.
Depuis janvier, elle est placée sous contrôle judiciaire après avoir été interpellée en France en même temps que trois autres influenceurs algériens, tous accusés d’avoir diffusé des messages haineux et des appels à la violence. Dans une vidéo diffusée en 2023, elle aurait insulté une femme en direct, lâchant un violent « nique ta mère toi et ta France », avant d’ajouter « j’espère que tu seras tuée, j’espère qu’ils vont te tuer ».
Pour son avocat, Me Frédéric Lalliard, il ne s’agit pas d’une infraction pénale. Il estime que les propos ont été « sortis de leur contexte » et que « leur traduction pourrait être erronée ».
Sofia Benlemmane n’en est pas à son premier fait d’armes médiatique. En 2001, elle avait fait irruption sur la pelouse du Stade de France lors d’un match amical France-Algérie, brandissant un drapeau algérien. Condamnée à sept mois de prison avec sursis et trois ans d’interdiction de stade, elle s’était fait connaître à l’époque pour son opposition farouche au régime algérien. Changement de cap depuis : aujourd’hui, elle affiche un soutien assumé aux autorités d’Alger.
Son procès s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre la France et l’Algérie autour de plusieurs figures de l’influence en ligne. Zazou Youssef, condamné en février à 18 mois de prison ferme pour avoir appelé à des attentats en France, a été interdit de territoire pendant dix ans. Doualemn, lui, a écopé de cinq mois de prison avec sursis en mars à Montpellier pour avoir incité à « donner une sévère correction » à un opposant algérien. Il avait été expulsé vers l’Algérie, qui l’a renvoyé vers Paris dans un geste perçu comme un camouflet diplomatique. Quant à Imad Tintin, poursuivi pour incitation au terrorisme, son procès a été repoussé à mai, le temps d’une expertise sur la traduction de ses propos.
Dans ce climat tendu, la justice française entend serrer la vis face aux dérives d’une partie des influenceurs radicaux. Reste à voir si la défense de Sofia Benlemmane convaincra le tribunal.