L’annonce est tombée le 1er septembre et déjà les tensions montent : Canal+ prévoit de prendre le contrôle total d’UGC d’ici 2028. Avec 48 cinémas en France, dont l’emblématique Ciné Cité Les Halles à Paris, mais aussi une société de production et de distribution, UGC représente bien plus qu’un réseau de salles. Pour le groupe piloté par Vincent Bolloré, premier financeur privé du cinéma français, cette acquisition placerait StudioCanal au cœur de toute la chaîne de fabrication et de diffusion d’un film, de son financement à son exploitation. Une perspective qui fait trembler le cinéma indépendant.
La diversité menacée
Producteurs et cinéastes redoutent un affaiblissement des alternatives. Avec la mainmise sur UGC Distribution, Canal+ absorberait un guichet essentiel pour les films cherchant un soutien hors des circuits dominants. « On perdrait une solution alternative », s’alarme une productrice. L’association Acid, qui défend les œuvres singulières et organise une section parallèle à Cannes, estime que toute concentration du marché réduit la diversité des films proposés aux spectateurs. La Société des réalisateurs de films, forte de 500 membres, dénonce, elle aussi, un danger pour une filière déjà secouée par la baisse de fréquentation des salles (–15 % depuis janvier).
Concentration ou relance ?
Le spectre d’une « logique de la demande », où seuls les films jugés rentables auraient voix au chapitre, plane sur l’exception culturelle française. Mais d’autres voix nuancent. Certains y voient un signe positif : Canal+, qui avait menacé de réduire son soutien au cinéma, prouve au contraire sa volonté de rester un acteur central. La ministre de la Culture Rachida Dati a salué sur X « la volonté d’ancrage de Canal+ dans le cinéma ». L’Autorité de la concurrence pourrait toutefois imposer des garde-fous, comme elle l’avait fait en 2024 lors du rachat d’OCS et d’Orange Studio. Entre promesse d’investissement et crainte d’un rouleau compresseur, le rachat d’UGC par Canal+ symbolise l’affrontement entre deux visions : celle d’un cinéma consolidé autour d’un géant et celle d’une création plurielle défendue par des acteurs indépendants. La bataille s’annonce aussi politique que culturelle.