Dix ans, ça va vite. Au lycée, la cigarette électronique a pris une place qu’on n’aurait pas imaginée en 2014. Selon une étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) publiée mercredi, la part d’élèves ayant déjà essayé la vape est passée de 35% à 46%. Presque un lycéen sur deux a donc, au moins une fois, tiré sur un embout devenu banal dans les cours et aux abords des établissements.
Ce chiffre raconte une curiosité, une expérimentation, parfois un jeu. Là où l’affaire se corse, c’est quand l’essai se transforme en habitude. L’OFDT note une progression nette de l’usage quotidien: les lycéens qui déclarent vapoter tous les jours sont passés de 2,8% en 2018 à 6,8% en 2024. Une petite minorité, certes, mais qui a plus que doublé, et derrière ces pourcentages se cache un mot que tout le monde comprend: nicotine.
Une autre ligne se dessine, plus sociale que technologique. Les lycéens en filière professionnelle apparaissent plus touchés que les autres, avec un vapotage occasionnel à 58,7%, une hausse que l’OFDT qualifie de « trois fois plus importante » que dans le reste de la population lycéenne. On voit aussi une progression plus marquée chez les filles, 48,7% déclarant vapoter au lycée contre 43,2% chez les garçons, comme si le réflexe avait changé de camp, sans bruit.
Une mode qui colle aux doigts, surtout en filière pro
Ce contraste frappe d’autant plus qu’il n’est pas universel. Au collège, la tendance est inverse: en 2024, 19% des collégiens disent avoir déjà expérimenté la cigarette électronique, contre 26,8% en 2014. L’attrait n’a pas disparu, mais il s’est tassé, comme si le collège résistait encore à cette petite fumée sans feu, tandis que le lycée, lui, l’a déjà adoptée.
On entend souvent l’argument sanitaire: la vape peut aider des fumeurs adultes à réduire les risques. C’est vrai, et les autorités le rappellent régulièrement, en posant une limite nette: ce n’est pas un produit anodin, et ce n’est pas destiné aux mineurs. Entre le discours de prévention et la réalité des couloirs, il reste un espace où s’engouffrent les goûts sucrés, la facilité d’accès et l’illusion d’un geste « moins grave » que la cigarette.
Reste un fait brut, presque ironique: la cigarette recule, mais la dépendance potentielle, elle, peut changer de visage. Les adultes ont appris à reconnaître l’odeur du tabac froid, ils découvrent maintenant des arômes de bonbon et de menthe qui ne disent pas leur nom. Dans les mois qui viennent, la question sera moins de savoir si la vape a gagné que de voir comment l’école, les familles et les pouvoirs publics comptent reprendre la main sur un usage qui s’installe.
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