Gastros qui s’éternisent, arrêts de travail achetés sur Internet, identités usurpées… La fraude aux arrêts maladie explose. En 2024, l’Assurance-maladie a réussi à empêcher pour 628 millions d’euros de fraudes, soit 35 % de plus qu’en 2023. Un record inquiétant, qui révèle l’ampleur du phénomène et la difficulté à distinguer les vrais malades des simulateurs.
Des symptômes subjectifs et des abus invisibles
Pour Sophia Oulhaci, à la tête d’un réseau de micro-crèches, la suspicion est devenue quotidienne. “Cette semaine, j’ai eu sept jours d’arrêt. Des gastros qui durent 15 jours, alors que normalement c’est 48 heures… Je me pose des questions”, souffle-t-elle. Comme beaucoup de chefs d’entreprise, elle déplore une explosion des arrêts maladie depuis le Covid, notamment avec l’essor des téléconsultations, jugées trop permissives. Mais pour les médecins, la détection d’une fraude est un véritable casse-tête. “Les symptômes rapportés sont souvent subjectifs : douleurs, fatigue, mal-être. Ce n’est pas mesurable”, explique le docteur René-Pierre Labarriere, représentant du Conseil de l’ordre. Difficile, dans ces conditions, de trancher entre un mal réel et une stratégie d’évitement du travail.
Identités volées et fausses feuilles d’arrêt
À côté des petits arrangements, il existe des fraudes bien plus organisées. Certains escrocs récupèrent des noms, des numéros de sécurité sociale sur des ordonnances jetées à la poubelle, et montent de toutes pièces de faux arrêts maladie. C’est ce qui est arrivé à Renaud Ferrier : “On a utilisé mon nom pour envoyer de fausses demandes de remboursement, avec des arrêts et des fiches de paie inventées.” La Sécurité sociale tente de réagir avec des contrôles renforcés et le développement de l’intelligence artificielle pour repérer les anomalies. Mais face à la créativité des fraudeurs et aux limites du système médical, la lutte ressemble à une course sans fin. Et la facture, elle, continue de grimper.