Accidents du travail - une mortalité toujours en hausse en France en 2024
Accidents du travail - une mortalité toujours en hausse en France en 2024

Le dernier rapport annuel de l’Assurance maladie consacré aux risques professionnels dresse un constat alarmant sur la sécurité au travail. Au moins sept cent soixante-quatre personnes sont mortes à la suite d’un accident du travail en 2024, un chiffre qui progresse encore malgré les campagnes de prévention menées ces dernières années. Ce nombre n’inclut ni les exploitants agricoles, ni les fonctionnaires, ni les indépendants non assurés volontairement. L’ensemble des décès liés au travail, en intégrant les accidents de trajet et les maladies professionnelles, atteint près de mille trois cents victimes. Les auteurs du rapport relèvent également qu’une part importante des décès survient dans l’année qui suit la prise de poste, un constat particulièrement marqué chez les salariés de moins de vingt-cinq ans, qui représentent plus de la moitié des morts recensées au cours de leur première année d’activité. Ces données révèlent une fragilité accrue des nouveaux entrants, souvent confrontés à des postes peu maîtrisés ou à des environnements de travail insuffisamment sécurisés.

Une hausse nourrie par les risques organisationnels et les pathologies professionnelles

Malgré la baisse globale de la fréquence des accidents, les chiffres montrent que certaines catégories de salariés restent particulièrement exposées. Les accidents de trajet ont provoqué plus de trois cents décès, tandis que les maladies professionnelles ont entraîné plus de deux cents morts supplémentaires. Parmi ces dernières, les troubles musculosquelettiques demeurent les pathologies les plus courantes, suivies par les affections liées à l’amiante. Le rapport met également en évidence une forte progression des maladies d’origine psychique, en hausse régulière depuis plusieurs années et ayant doublé depuis 2020. Ces pathologies témoignent de l’impact croissant des conditions de travail sur la santé mentale, dans un contexte de réorganisations fréquentes et de pressions accrues sur les salariés. Le document signale par ailleurs une augmentation du nombre d’accidents touchant les femmes, une évolution masquée par la forte baisse observée chez les hommes depuis le début des années deux mille. Cette divergence soulève des questions sur les types de métiers occupés, les charges de travail et les évolutions sectorielles.

Un appel à renforcer les protections collectives et à repenser les politiques de prévention

Face à cette hausse des décès, plusieurs organisations syndicales ont dénoncé des pratiques qu’elles jugent dangereuses et contraires à la santé des travailleurs. Elles pointent la multiplication des situations de sous-traitance, l’exposition à des rythmes intenses ou à des environnements mal sécurisés, et l’affaiblissement des instances autrefois dédiées à la prévention. Le syndicat Solidaires estime que la disparition des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail au profit d’instances plus larges a réduit la capacité d’alerte des représentants du personnel et diminué l’efficacité des politiques de prévention. Les auteurs du rapport insistent de leur côté sur la nécessité d’une vigilance accrue dans les secteurs les plus exposés, ainsi que sur l’importance de renforcer l’accompagnement des nouveaux salariés dès leur arrivée. Ils soulignent que les organisations doivent adapter leurs dispositifs aux risques émergents, notamment dans les domaines psychiques et environnementaux. Les chiffres publiés pour 2024 rappellent que la mortalité professionnelle demeure un enjeu majeur, exigeant des efforts coordonnés pour réduire durablement les situations dangereuses dans les entreprises.

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