Un rapport de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté met la préfecture de police de Paris face à une réalité peu reluisante: à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture (IPPP), les conditions d’accueil « portent atteinte aux droits fondamentaux des patients ». Installée dans le 14e arrondissement, cette structure historique, née en 1872, reçoit des personnes en soins sans consentement amenées par les policiers, souvent après un trouble à l’ordre public ou dans le sillage d’une garde à vue, pour décider s’il faut ou non les hospitaliser.
Sur le papier, l’étape se veut courte et médicale. Dans les faits, les contrôleurs décrivent un dispositif où la sécurité prend le pas sur le soin, avec une « gestion sécuritaire des situations de crise » qui abîme la dignité autant que les droits.
Des chambres sans eau, des séjours qui s’éternisent
Des chambres sans eau, des séjours qui s’éternisent Sur place, du 2 au 4 mars, les constats s’accumulent et piquent: 14 places théoriques pour 12 patients accueillis, isolement complet, pyjama imposé, sans sous-vêtements, pas d’accès à l’air libre. Et dans les chambres, rien qui ressemble à un minimum sanitaire: ni toilettes, ni douche, ni accès à l’eau potable, selon le rapport, qui demande de mettre fin à « l’enfermement systématique en chambre ». L’IPPP n’est pas censée être un sas punitif, encore moins un cul-de-sac, rappelle en creux ce texte qui insiste sur les droits, la dignité et les soins dus à des personnes déjà fragilisées.
Officiellement, l’accueil est borné par la loi: 24 heures, 48 heures à titre exceptionnel. Or la CGLPL évoque, en 2025, des durées allant jusqu’à huit jours, conséquence directe de la saturation des lits en psychiatrie dans les établissements habilités à recevoir ces patients. Après l’évaluation, trois sorties existent, retour en garde à vue si l’état le permet, orientation vers une hospitalisation sans consentement, remise en liberté, mais l’engorgement transforme le schéma en file d’attente immobile. Au passage, le rapport souligne le statut particulier du lieu, présenté comme n’étant pas juridiquement un établissement de santé, un flou qui interroge quand 1 456 personnes y ont été admises en 2025 (contre 1 677 en 2024) et que la tension sur l’hôpital psychiatrique continue de faire payer le prix fort aux plus vulnérables.
Communauté
Commentaires
Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.
Soyez le premier à commenter cet article.