La menace invisible des cellules dormantes pourrait enfin être contrée. Aux États-Unis, une équipe de l’université de Pennsylvanie a mené un essai clinique qui bouleverse l’approche du suivi des patientes atteintes d’un cancer du sein. Pendant 42 mois, 51 femmes ayant terminé leurs traitements standards ont été surveillées de près. Le résultat étonne : plus de 90 % d’entre elles n’ont pas connu de rechute, et dans le groupe recevant la combinaison de deux médicaments, le taux grimpe à 100 %. Les chercheurs se sont attaqués à ce que la médecine appelle la « maladie résiduelle minimale », ces cellules tumorales dormantes indétectables par imagerie, mais capables de se réactiver des années après un traitement. Ces cellules sont souvent à l’origine de métastases incurables et expliquent pourquoi près de 30 % des patientes finissent par rechuter. Or, jusque-là, aucun outil ne permettait de cibler efficacement cette menace silencieuse.
Une stratégie de prévention inédite
Plutôt que de concevoir de nouvelles molécules, les scientifiques ont détourné l’usage de deux médicaments déjà validés par la Food and Drug Administration américaine, jusque-là utilisés pour d’autres indications. Ironie scientifique : inefficaces contre des tumeurs actives, ces molécules semblent redoutables face aux cellules dormantes. Dans l’essai, les participantes dont la moelle osseuse contenait encore des traces de ces cellules ont été réparties en trois groupes. Certaines ont reçu l’un des deux traitements, d’autres les deux en combinaison. Après six à douze mois, la majorité ne présentait plus aucune trace de cellules résiduelles. Seules deux rechutes ont été observées en trois ans et demi de suivi. La chercheuse principale, Angela DeMichele, estime que cette stratégie pourrait transformer la prise en charge en permettant de « surveiller et éliminer les cellules tumorales dormantes » avant qu’elles ne s’installent à nouveau.
Un nouvel horizon pour l’« après » cancer
Si la prudence reste de mise, les auteurs soulignent que leur travail constitue une preuve de faisabilité, avec à la clé un changement de paradigme : ne plus se contenter d’attendre une rechute, mais intervenir en amont. Deux autres essais de phase 2 sont déjà en cours dans plusieurs centres américains pour confirmer les résultats sur un échantillon plus large. Au-delà du volet médical, l’impact psychologique est immense. L’angoisse de la récidive accompagne souvent les patientes bien après la fin des traitements. Pouvoir détecter et neutraliser ce risque ouvre la perspective d’un suivi plus actif et d’une vie après cancer débarrassée, au moins en partie, de cette épée de Damoclès. Les chercheurs insistent cependant : seule une validation à grande échelle permettra d’évaluer durablement l’efficacité et la sécurité de cette approche. Mais pour la première fois, une stratégie concrète semble capable de s’attaquer à la racine du problème.