Au Myanmar, le lourd bilan du séisme de magnitude 7,7 qui a frappé fin mars la région de Sagaing continue de susciter l’indignation. Plus de 3 700 personnes ont péri et quelque 5 000 ont été blessées, mais selon plusieurs médecins et organisations de défense des droits humains, ces chiffres auraient pu être bien moindres si la réponse d’urgence n’avait pas été paralysée par des années de répression orchestrée par la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’État de février 2021.
Les attaques répétées de la junte contre les infrastructures médicales, les arrestations de soignants opposés au régime et la peur d’exercer dans les zones contrôlées par les militaires ont gravement affaibli le système de santé. L’Organisation mondiale de la santé note un effondrement dramatique du nombre de professionnels : alors qu’on comptait six médecins pour 10 000 habitants avant le putsch, ils ne sont plus que 1,01 selon les derniers chiffres de 2022. Human Rights Watch et Physicians for Human Rights dénoncent quant à eux des pénuries de médicaments, des blessures non traitées et un climat de terreur empêchant les secours d’opérer librement.
Certaines victimes du séisme sont mortes faute d’avoir pu être soignées, témoigne Sophia Htwe, universitaire birmane exilée en Australie, dont une amie est décédée après avoir été dégagée des décombres. Dans les zones sinistrées, le chaos domine. Des survivants souffrent de diarrhée, de maladies de peau et de coups de chaleur, tandis que l’accès aux médicaments pour les malades chroniques reste très limité.
Malgré une déclaration de cessez-le-feu le 2 avril, la junte poursuit ses frappes aériennes, y compris dans des zones déjà dévastées par le séisme. Reuters a recensé 172 attaques depuis cette date, dont 73 sur les régions sinistrées. Dans ce contexte, les ONG locales opèrent dans la clandestinité et les rares médecins volontaires manquent de formation en gestion de crise, leurs aînés ayant été emprisonnés ou contraints à la fuite.
L’ONU accuse la junte de compliquer l’acheminement de l’aide humanitaire en imposant des restrictions strictes sur les communications et les autorisations d’intervention. Le détournement de fonds initialement destinés à la gestion des catastrophes vers des prêts économiques aurait par ailleurs laissé les autorités sans ressources logistiques suffisantes pour faire face à la tragédie.
Alors que la mousson approche, des dizaines de milliers de rescapés vivent toujours sous des tentes précaires. Le risque d’épidémies s’accroît, tandis que la peur et la méfiance isolent les communautés. « Ce sentiment d’unité qu’on avait autrefois a disparu. Les gens ont peur », confie un habitant sinistré.