Une exposition précoce aux antibiotiques augmente le risque de diabète
Une exposition précoce aux antibiotiques augmente le risque de diabète

Une étude récente menée sur des souris, publiée en mars de cette année dans la revue Science, a révélé que l’exposition précoce aux antibiotiques pourrait inhiber la croissance des cellules bêta productrices d’insuline dans le pancréas. Cela augmenterait par la suite les risques de développer un diabète de type 1, la maladie chronique la plus fréquente chez les enfants.

Le diabète chez les enfants

Les chercheurs de l’université du Colorado (États-Unis) ont expliqué que leur objectif principal était d’identifier les facteurs influençant le développement de la maladie, en dehors du rôle principal des facteurs génétiques. En effet, ils ont observé que, chez les jumeaux identiques partageant exactement le même ADN, un seul est souvent atteint de la maladie, ce qui indique l’intervention de facteurs environnementaux, comme les effets secondaires des antibiotiques.

Les chercheurs ont souligné que l’administration d’antibiotiques durant la première année de vie peut avoir de lourdes conséquences sur la santé de l’enfant, car ces médicaments tuent non seulement les bactéries pathogènes, mais aussi les microbes bénéfiques principalement les bactéries, mais aussi certaines levures — présents dans l’intestin.

Le recours aux antibiotiques représente un problème mondial affectant négativement la santé des enfants. Dans les pays en développement, les enfants se voient prescrire des antibiotiques environ 25 fois au cours de leurs trois premières années.

Il est bien établi que les microbes bénéfiques jouent un rôle crucial dans la croissance des cellules bêta, responsables de la production d’insuline. Plus ces microbes sont nombreux, plus les cellules se développent, réduisant ainsi le risque de diabète. Par exemple, les enfants allaités au sein sont moins exposés au risque, car l’allaitement favorise la croissance de ces bactéries utiles.

À la naissance, les enfants ont un faible nombre de cellules bêta, mais celles-ci connaissent une croissance spectaculaire durant la première année de vie. Les microbes bénéfiques sont essentiels à cette croissance. Or, lorsque leur nombre est réduit à cause des antibiotiques, ils ne peuvent plus stimuler correctement la prolifération des cellules bêta. En conséquence, une production insuffisante d’insuline empêche l’organisme de réguler les niveaux de glucose, ce qui conduit au diabète.

Les chercheurs ont administré des antibiotiques à large spectre à des souriceaux pendant dix jours pour observer leurs effets sur l’organisme, notamment sur le métabolisme. Les résultats ont montré une baisse significative dans la production de cellules bêta, une hausse des niveaux de glucose dans le sang, une chute du taux d’insuline et une dégradation globale des fonctions organiques.

Les microbes bénéfiques et les cellules pancréatiques

L’étude souligne l’importance cruciale des microbes bénéfiques et le danger que représente leur élimination prématurée par les médicaments. Des expériences supplémentaires ont montré que l’injection de microbes bénéfiques chez des souris entraînait une augmentation de la production de cellules bêta et une amélioration du taux d’insuline.

Les chercheurs ont isolé des microbes utiles à partir d’échantillons de selles d’enfants issus de l’étude The Environmental Determinants of Diabetes in the Young. Les souris nourries avec ces microbes ont présenté des améliorations notables, notamment grâce à un type particulier de levure  : Candida dubliniensis.

Lorsque des selles de nourrissons en bonne santé, âgés de 7 à 12 mois, ont été données à de jeunes souris, une croissance des cellules bêta et une amélioration de la production d’insuline ont été observées. Étonnamment, cet effet ne s’est pas produit avec les selles d’enfants plus âgés, ce qui souligne l’importance critique de cette période précoce.

Les chercheurs ont également noté que Candida dubliniensis était particulièrement abondante dans l’intestin des enfants pendant cette fenêtre temporelle, suggérant que les humains disposent eux aussi d’une période limitée pour tirer pleinement parti des microbes stimulant la croissance des cellules bêta — à savoir, la première année de vie.

Enfin, en injectant ces levures bénéfiques à des souris mâles prédisposées génétiquement au diabète de type 1, les chercheurs ont constaté que moins de 15  % développaient la maladie, contre 90  % chez celles n’ayant pas reçu l’injection.

Les chercheurs ont précisé que l’objectif n’est pas d’interdire l’usage des antibiotiques durant la première année, mais d’en rationaliser l’utilisation, en les réservant aux infections bactériennes avérées, avec des dosages adaptés et sur des durées limitées. Ils recommandent également que les médecins prescrivent des compléments ou des médicaments contenant des microbes bénéfiques après un traitement antibiotique, afin de préserver la diversité microbienne essentielle à une croissance saine.

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