Anne Laure Bonnel, soignée du cancer
Anne Laure Bonnel, soignée du cancer

Un texte poignant. « Mourir bien, En 2007, mon père est mort d’un cancer généralisé. Il est mort lentement, mais dignement. Chez lui, dans les Cévennes. Sur son canapé. Il était entouré : sa compagne, sa famille, une équipe de soins palliatifs à domicile. Il avait peur, bien sûr. Mais il n’était pas seul. Sa douleur a été soulagée. Sa mort a été accompagnée. Il est parti dans la paix. Ce n’était ni tragique ni traumatisant« .

La journaliste indépendante Anne-Laure Bonnel, grand reporter, a choisi le réseau social X pour raconter l’histoire de la fin de la vie de son papa.

Une fin de vie prématurée, liée à un cancer généralisé. « À l’époque, j’avais filmé un documentaire sur la fin de vie« , écrit-elle encore. « Mon modèle était Marie de Hennezel, pionnière oubliée du soin palliatif en France. J’y croyais : on pouvait mourir chez soi, apaisé, pris en charge. L’État rendait cela possible. Mais en 2025, je doute« .

Ce doute, elle l’a en constatant que l’Etat ne fait plus de l’accès aux soins (ni de l’école) une priorité. « Ce que mon père a vécu, est-ce encore possible aujourd’hui ? Les équipes mobiles de soins palliatifs sont en sous-effectif, les territoires désertés, les services hospitaliers saturés. Les infirmières n’ont plus le temps. Les familles sont seules. Et l’État semble regarder ailleurs« .

Elle s’interroge, en connaissance de cause

La journaliste aborde ce sujet avec recul et beaucoup de connaissances, liés à son parcours de vie. Elle a vu son père mourir d’un cancer. Elle vient de son côté d’être soignée d’un cancer.

« Le projet de loi en cours d’examen prévoit l’ouverture d’un droit à l’aide à mourir. Le mot est beau. Mais derrière cette promesse d’autonomie se cache un risque que peu osent nommer : et si nous poussions les plus fragiles vers l’euthanasie simplement parce que nous ne savons plus les accompagner ? Parce que nous n’avons plus les moyens ? Parce que la mort lente, douce, humaine… coûte trop cher ? Mon père n’a jamais demandé à mourir. Il n’en avait pas besoin. Il était accompagné. Il savait qu’on ne le laisserait pas souffrir. Ce n’est pas l’euthanasie que je redoute, c’est le vide autour.« 

Pour Anne-Laure Bonnel, nous visons dans « une société qui n’offre plus que deux options : la souffrance ou l’injection« . Même si elle ne « s’oppose pas au droit à mourir« , elle « refuse qu’il devienne un substitut à tout ce que nous devrions garantir : la main tenue, la parole échangée, la douleur soulagée, la présence jusqu’au bout. Mourir dignement, ce n’est pas choisir sa mort. C’est être accompagné dans sa fin« . Un « privilège », selon elle, « aujourd’hui ».

Elle conclut : « mourir bien ne devrait jamais dépendre des moyens. C’est une question d’humanité. Et de volonté politique« .

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