Génération Z - les angoisses profondes des 15-29 ans
Génération Z - les angoisses profondes des 15-29 ans

Isolement, peur de l’avenir, fatigue psychologique : une vaste enquête menée auprès de 5 000 jeunes Français âgés de 15 à 29 ans dresse le portrait d’une génération marquée par l’accumulation des crises. Réalisée par Elabe pour les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, l’étude met en lumière un sentiment d’incertitude durable, bien au-delà des clichés souvent associés à la génération Z.

Une jeunesse sous tension permanente

Depuis la pandémie de Covid-19, les jeunes ont grandi dans un climat de crises successives : sanitaire, économique, géopolitique, climatique. À cela s’ajoutent l’hyperconnexion et la pression sociale constante. Résultat, le malaise s’installe.

Selon l’enquête, 64 % des 15-29 ans disent avoir déjà ressenti un sentiment de solitude, dont près de 30 % de manière régulière ou permanente. Cette impression d’isolement touche particulièrement les étudiants, notamment à l’université, où les cours en ligne et la fragmentation des parcours accentuent le repli individuel.

Le harcèlement constitue une autre source majeure d’angoisse. Près de 44 % des jeunes interrogés déclarent en avoir été victimes, que ce soit à l’école, dans la rue ou au travail. À cette vulnérabilité s’ajoute un climat d’insécurité plus large : 38 % redoutent qu’un conflit armé puisse éclater sur le sol français, reflet d’un environnement international perçu comme instable.

Un avenir professionnel jugé fragile

Les inquiétudes ne s’arrêtent pas au présent. Elles se projettent massivement vers l’avenir. Près de quatre jeunes sur dix craignent de perdre leur emploi, et un sur deux estime que le travail de demain sera plus difficile, moins protecteur et moins bien rémunéré. Pour 64 % d’entre eux, décrocher un emploi qui correspond réellement à leurs aspirations relève presque du privilège.

La retraite n’offre guère plus de perspective rassurante. Environ 80 % des sondés doutent de la solidité du système à long terme. Cette défiance alimente un sentiment de déclassement anticipé : l’idée que les garanties sociales dont ont bénéficié les générations précédentes pourraient ne plus exister.

Sur le plan psychologique, le constat est préoccupant. Environ 30 % des jeunes déclarent souffrir régulièrement ou en permanence de troubles liés à la santé mentale. Cette proportion est encore plus élevée chez les jeunes femmes et chez les NEET, c’est-à-dire les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation.

Moins d’idéaux, plus de recherche de stabilité

Selon la politologue Anne Muxel, directrice déléguée du Cevipof à Sciences Po, ces fragilités constituent désormais un trait générationnel marqué, en écho à un avenir devenu « illisible ». Face à cette incertitude, les jeunes semblent se recentrer sur l’essentiel.

Près de deux tiers privilégient une vie calme et sereine plutôt que la poursuite de grands idéaux collectifs. Fait révélateur, l’urgence climatique, pourtant omniprésente dans le débat public, n’est citée comme source d’angoisse principale que par 18 % des répondants. Les préoccupations concrètes, immédiates et personnelles prennent le dessus. Cette génération apparaît moins portée par de grandes causes fédératrices que par la recherche de sécurité, de stabilité et de proximité. Lucide sur les difficultés, elle ne se définit pas tant par l’optimisme ou la révolte que par une volonté pragmatique de préserver son équilibre dans un monde perçu comme instable.

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