À Caen, au CHU, quatre psychologues et psychiatres ukrainiennes ont passé plusieurs jours à se former à la prise en charge du stress post-traumatique. Elles arrivent d’Odessa, grand port du sud de l’Ukraine, avec une urgence en tête: ramener des outils concrets, rapides, capables d’absorber l’afflux de patients depuis l’invasion russe à grande échelle de février 2022. Le lecteur s’en doute, dans un pays sous pression, la santé mentale n’attend pas que l’agenda se libère.
Même loin du front, la guerre s’invite dans les gestes ordinaires. Iulia Yermakova raconte consulter sur son téléphone une application d’« alerte aérienne » pour suivre les frappes, tandis que ses deux enfants sont restés au pays. Dans les cabinets, les troubles anxieux, les insomnies et les traumatismes psychiques se multiplient, chez les civils comme chez les militaires, alors que les équipes manquent de temps et de moyens. Bref, il faut soigner beaucoup, vite, sans bâcler.
Écrire le traumatisme pour le contenir
Écrire le traumatisme pour le contenir Au coeur de la formation, l’équipe du professeur Bui travaille sur une approche ciblée: la thérapie d’exposition par l’écriture. Le principe est simple sur le papier, exigeant dans la pratique: le patient rédige seul le récit de son traumatisme, puis le relit et le retravaille avec le thérapeute, jusqu’à réécrire ce qui déborde, ce qui revient en boucle, ce qui empêche de dormir. Selon Laurent Bredin, psychologue-clinicien et responsable de la formation, l’idée est d’aller vers une prise en charge courte, avec un nombre limité de séances, pour toucher davantage de personnes dans un système saturé.
Cette séquence à Caen s’inscrit dans les coopérations sanitaires entre la France et l’Ukraine, faites de formations ciblées en complément des aides médicales. L’objectif est clair: que ces professionnelles repartent avec une méthode transmissible, utilisable dans les structures locales, sans attendre des renforts qui tardent souvent à venir. Dans une guerre longue, la question n’est plus seulement de tenir, mais d’empêcher les blessures invisibles de s’installer durablement dans la vie quotidienne.
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