Orléans : le maire dénonce une démoustication « dangereuse pour la biodiversité »@wikipedia commons
Orléans : le maire dénonce une démoustication « dangereuse pour la biodiversité »@wikipedia commons

Vitrolles n’avait pas vocation à devenir un foyer épidémique, et pourtant la commune des Bouches-du-Rhône concentre aujourd’hui le plus grand nombre de cas autochtones de chikungunya jamais recensés en France métropolitaine. Trente-trois habitants d’un même quartier ont été contaminés, sans avoir voyagé, piqués par le moustique-tigre qui s’est chargé de transmettre ce virus tropical. À l’origine, une personne revenue de La Réunion, où sévit une violente épidémie, a suffi pour enclencher la chaîne de transmission. Depuis, les opérations de démoustication s’enchaînent à Vitrolles et jusque dans la commune voisine de La Fare-les-Oliviers. En pleine nuit, les équipes de l’EID Méditerranée arpentent jardins et ruelles, pulvérisant de la deltaméthrine, un insecticide utilisé au compte-gouttes mais redoutable pour tout insecte, pollinisateurs compris. Objectif : tuer les moustiques potentiellement porteurs avant qu’ils ne poursuivent leur cycle de contamination.

Une épidémie révélée dans la douleur

Pour les malades, l’expérience est brutale. Fièvre, douleurs articulaires intenses, incapacité à bouger : les symptômes du chikungunya s’invitent brutalement dans la vie quotidienne. Thierry Kireef, sexagénaire sportif de Vitrolles, a mis plus d’un mois à retrouver une mobilité relative, gardant rancune au retard de diagnostic qui l’a d’abord orienté vers le Covid-19. Il n’est pas le seul à dénoncer un manque d’alerte auprès des médecins de ville, certains praticiens ayant découvert la situation par des canaux officieux plutôt que par l’agence régionale de santé (ARS). Les critiques n’empêchent pas la machine administrative de tourner : la quatrième campagne de démoustication en trois semaines a eu lieu le 21 août. Mais chaque passage révèle son lot d’absents ou de réticents, compliquant la traque des gîtes larvaires. L’ARS rappelle que tant que le virus circule activement, les pulvérisations se répéteront.

Un combat collectif et précaire

Dans les quartiers concernés, la vigilance des habitants devient cruciale. Certains ont supprimé l’eau stagnante de leurs jardins, posé des moustiquaires ou se couvrent d’insecticide cutané, jusqu’à l’excès. D’autres relativisent, convaincus que la jeunesse ou la chance les protègera. Les autorités locales, elles, martèlent que la responsabilité est collective : chaque coupelle, chaque gouttière mal entretenue peut se transformer en nurserie pour le moustique-tigre. Vitrolles partage avec Salon-de-Provence, où treize cas ont été recensés en juin, la triste expérience d’un virus tropical installé dans le quotidien français. Avec 154 cas autochtones de chikungunya répertoriés depuis mai et une dizaine de cas de dengue, 2025 restera comme l’année où la métropole a basculé dans une nouvelle réalité sanitaire. Le moustique-tigre restera actif jusqu’à l’automne. Seul l’hiver offrira une trêve – provisoire – avant le retour annoncé du fléau au printemps.

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