À Moussy, au Bellay-en-Vexin et dans le hameau de Bercagny (Chars), les habitants n’ont plus le droit de boire l’eau du robinet depuis ce jeudi. En cause, la présence d’anthraquinone à un taux supérieur à la norme sanitaire. Le préfet a ordonné la suspension immédiate de toute consommation d’eau potable, une mesure de précaution face à un polluant dont la toxicité reste débattue. Si l’Agence européenne des produits chimiques classe cette molécule parmi les cancérogènes présumés depuis 2017, d’autres autorités sanitaires internationales ne vont pas aussi loin. Reste que l’eau courante est désormais proscrite dans ces villages, au moins jusqu’à nouvel ordre.
Un composé chimique inquiétant mais controversé
Le seuil limite d’anthraquinone dans l’eau potable est fixé à 0,5 microgramme par litre. Les derniers prélèvements réalisés dans le Val-d’Oise ont révélé des dépassements significatifs, sans qu’on puisse, pour l’instant, identifier clairement leur origine. L’Agence régionale de santé (ARS) reste prudente : aucune étude ne permet d’affirmer avec certitude un risque immédiat pour la santé, mais la dangerosité potentielle du produit justifie l’interdiction temporaire. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) le classe comme « cancérogène possible » depuis 2013. À l’inverse, l’agence environnementale américaine (EPA) n’accordait, en 2021, aucune classification cancérogène à cette substance. Ce flou scientifique alimente les inquiétudes sans pour autant trancher sur la gravité réelle de l’exposition.
Face à cette incertitude, l’ARS préfère adopter une position de précaution
Depuis ce jeudi, l’eau du robinet ne doit plus être consommée ni utilisée pour la cuisson des aliments. Seuls les usages non alimentaires restent autorisés : douche, lavage de vaisselle ou de linge, arrosage des jardins, nettoyage des fruits et légumes. Une distribution d’eau en bouteille a été mise en place à destination des habitants. D’après un rapport de l’Anses, l’anthraquinone pourrait provenir d’un phénomène de dégradation chimique : les désinfectants chlorés utilisés dans l’eau potable réagiraient au contact de certains anciens revêtements hydrocarbonés de canalisations en fonte ou en acier, générant ce composé indésirable. À ce stade, aucune contamination pérenne n’a été identifiée. L’ARS annonce l’installation d’un dispositif mobile de traitement temporaire, le temps de ramener les concentrations d’anthraquinone sous le seuil sanitaire. Mais tant que la source exacte de la pollution n’est pas connue, l’interdiction reste maintenue. Dans ces trois villages paisibles du Vexin, l’eau est soudain devenue un sujet d’inquiétude.