Trois mille habitants priés de ne plus boire l’eau du robinet, soixante mille potentiellement exposés, et un aéroport qui traîne une lourde responsabilité environnementale : dans le Haut-Rhin, la pollution aux PFAS vire au scandale sanitaire. À partir du 5 mai 2025, les populations dites vulnérables de onze communes de l’agglomération de Saint-Louis devront cesser toute consommation d’eau courante. En toile de fond, des décennies de négligence et de silence. Les autorités se veulent rassurantes : seules les femmes enceintes, allaitantes, les nourrissons, les personnes âgées ou immunodéprimées sont concernées par l’interdiction. Mais dans les faits, c’est tout un territoire qui découvre qu’il boit depuis des années une eau potentiellement toxique. Le responsable ? Les fameux PFAS, surnommés « polluants éternels », issus notamment des mousses anti-incendie utilisées durant 40 ans par les pompiers de l’aéroport de Bâle-Mulhouse.
Le silence des autorités, la colère des riverains
Bruno Wollenschneider, président de l’Association des Riverains de l’Aéroport (Adra), n’en revient toujours pas. Il dénonce une gestion catastrophique du problème : « Dès novembre 2023, les rapports de Veolia mentionnaient des taux de PFAS anormalement élevés. Tout le monde a fermé les yeux. » Selon lui, ces produits chimiques ont tranquillement infusé les nappes phréatiques, à l’endroit précis où se trouve aujourd’hui le terminal cargo. La préfecture, elle, a pris un arrêté d’interdiction le 25 avril. Tardif, insuffisant, et flou sur l’ampleur réelle de la contamination. Que sont devenues les terres polluées ? Quel traitement a été appliqué ? Silence radio. L’agglomération de Saint-Louis, à la frontière de la Suisse et de l’Allemagne, pourrait bien abriter ce que certains décrivent déjà comme « le réseau d’eau le plus pollué de France ». La suite dépendra d’analyses plus poussées… ou d’un procès retentissant.