Alors que les agences de l’ONU et les ONG humanitaires tirent depuis des mois la sonnette d’alarme sur la situation à Gaza, affirmant que la population est au bord de la famine, aucune déclaration officielle de famine n’a encore été émise. Le point sur ce qu’est une famine, qui la déclare, et ce que cela implique.
La famine est définie selon des critères stricts établis par l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC), l’autorité internationale de référence sur les crises alimentaires. Pour qu’une zone soit considérée en situation de famine, trois conditions doivent être remplies simultanément : au moins 20 % des ménages souffrent d’un manque extrême de nourriture, au moins 30 % des enfants présentent une malnutrition aiguë, et au moins deux adultes ou quatre enfants sur 10 000 meurent chaque jour de faim ou de ses conséquences.
Toutefois, une famine peut exister à petite échelle dans certaines régions, et l’identification officielle nécessite des données précises. Cela peut poser problème dans des zones comme Gaza, où l’accès humanitaire est extrêmement restreint, rendant la collecte d’informations très difficile.
L’IPC regroupe des experts issus de plus de 20 organisations internationales, dont l’Organisation mondiale de la santé, la FAO, le Programme alimentaire mondial, CARE International, la Banque mondiale, ou encore l’Union européenne. Ces institutions travaillent ensemble pour analyser les données disponibles et évaluer la gravité des crises alimentaires.
Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas d’autorité unique ou automatique pour déclarer une famine. L’IPC fournit les analyses, mais ne proclame pas formellement une famine. Ce sont généralement des gouvernements ou des agences des Nations unies qui en font l’annonce publique, sur la base des rapports de l’IPC. « Il y a une croyance erronée selon laquelle il faut qu’une famine soit déclarée pour qu’elle existe. Ce n’est pas vrai », souligne Jens Laerke, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Si les données dépassent les seuils définis, « alors c’est une famine ».
Lorsqu’une famine est officiellement reconnue, cela peut théoriquement déclencher un afflux d’aide internationale : financements d’urgence, envois massifs de nourriture et de ressources logistiques. Mais dans la pratique, la réponse est souvent lente ou insuffisante. Comme le rappelle Laerke, « il n’existe pas un grand compte bancaire prêt à être utilisé ». Le manque d’anticipation et de fonds disponibles retarde souvent les secours : « On construit le camion de pompiers pendant qu’on essaie déjà d’éteindre l’incendie. »
À Gaza, malgré un allègement partiel du blocus israélien, les livraisons alimentaires restent dramatiquement insuffisantes selon l’ONU, qui parle d’un simple « filet d’aide » face à une catastrophe humanitaire imminente. L’armée israélienne affirme avoir facilité l’entrée de près de 1 000 camions au cours des 12 derniers jours, bien en dessous des niveaux requis pour couvrir les besoins quotidiens de la population. Dans un contexte d’instabilité, de pillages et de tirs, la distribution de l’aide reste elle aussi très chaotique.
Si la famine à Gaza n’a pas encore été déclarée, les indicateurs se rapprochent dangereusement des seuils critiques. Et une fois franchis, il ne sera pas nécessaire d’attendre une déclaration formelle pour affirmer que la famine est là.