Dans le Loiret comme ailleurs, des familles se retrouvent brutalement privées d’orthophonie pour leurs enfants en grande difficulté. En cause, un rappel de l’Assurance-maladie : lorsqu’un patient est suivi dans un centre médico-psychologique (CMP), les séances d’orthophonie ne peuvent plus être facturées en libéral pour éviter une « double prise en charge ». Officiellement, les CMP disposent d’équipes pluridisciplinaires incluant des orthophonistes. Mais dans la réalité, ces professionnels manquent cruellement, rendant la règle inapplicable sans créer de rupture. Depuis l’été, des orthophonistes libéraux, redoutant de devoir rembourser des sommes déjà perçues, suspendent leurs rendez-vous. Isabelle Dumeny, praticienne à Beaugency, a dû arrêter les soins de plusieurs enfants faute de convention avec les CMP concernés. Pour les parents, l’impasse est totale : même en proposant de payer eux-mêmes, ils ne peuvent contourner le système de remboursement. Des pétitions émergent pour dénoncer une mesure jugée discriminatoire et pénalisante pour les enfants les plus vulnérables.
Une bombe à retardement sanitaire et sociale
Les CMP accueillent plus de 350 000 jeunes souffrant de troubles psychiques, souvent accompagnés de troubles du langage ou de l’apprentissage nécessitant l’orthophonie. Dans certaines régions, un cinquième à un tiers de ces enfants est concerné. Le risque, selon les professionnels, est que plus de 100 000 mineurs se retrouvent en rupture de soins. « C’est comme si un pharmacien ne donnait que la moitié du traitement », alerte un pédopsychiatre marseillais. Face à la panique des familles et des orthophonistes, l’Assurance-maladie tente de calmer le jeu. Une période de tolérance court jusqu’au 31 octobre, sans contrôles immédiats ni effet rétroactif. « Il ne faut surtout pas arrêter les soins », insiste sa direction, qui dit maintenir le dialogue avec les syndicats. Mais sur le terrain, les CMP, déjà débordés, n’ont ni les moyens humains ni financiers pour prendre en charge ces conventions. Dans ce climat d’incertitude, certains parents doivent déjà faire un choix intenable : conserver l’accompagnement psychologique du CMP ou préserver l’orthophonie, indispensable pour parler, lire, écrire. Un dilemme qui illustre, une fois encore, les failles d’un système incapable d’assurer la continuité des soins pour les enfants les plus fragiles.