Bastien n’avait jamais fumé. Pourtant, à la lecture de ses radios pulmonaires, les médecins l’interrogent comme s’il avait consommé plusieurs paquets de cigarettes par jour. Le quadragénaire, conducteur à la RATP, se remémore cet hiver où tout a basculé : une toux persistante, une respiration difficile, une perte d’appétit, et bientôt une série d’examens. Aucun diagnostic ne s’impose, sinon une évidence à ses yeux : la cause de ses troubles se trouve dans les tunnels du métro parisien.
Maladie inexpliquée, cause évidente
À l’époque, les examens évoquent une embolie. Mais les résultats finaux n’apportent pas de réponse claire. Bastien, délégué syndical et conducteur de métro depuis plusieurs années, est convaincu que la maladie vient de son environnement professionnel. Chaque jour, il respire un air saturé de particules fines émises par le frottement des freins, la poussière accumulée dans les tunnels et le manque de ventilation. Loin d’être un cas isolé, Bastien rejoint un groupe de plus en plus nombreux de salariés inquiets. À l’image de Farid, qui s’alarme des traces noires sur son mouchoir, ou de Laurent, sujet à des crises de tachycardie dès que la rame s’engouffre dans certaines stations. Ce dernier préfère se taire lors des visites médicales, de peur d’être déclaré inapte.
Une alerte collective portée en justice
L’avocat Jérôme Borzakian représente le comité social économique qui a voté une demande d’expertise sur les conditions de travail des conducteurs. Il évoque un dossier exceptionnel par son ampleur : 72 témoignages d’agents qui redoutent non seulement pour leur propre santé, mais aussi pour celle de leurs proches. Certains racontent qu’ils se lavent le visage et les mains en urgence en rentrant chez eux, pour ne pas contaminer leurs enfants. Depuis plusieurs années, la question de la qualité de l’air dans les transports souterrains soulève une inquiétude croissante. Si les normes de pollution existent pour l’air extérieur, aucune réglementation n’encadre formellement l’air respiré quotidiennement par les agents dans les couloirs et les cabines de conduite. Bastien, malgré lui, est devenu lanceur d’alerte. À défaut d’une reconnaissance officielle de la pénibilité ou d’un lien de causalité médicale établi par les experts, il persiste à demander des mesures concrètes. Son combat, personnel au départ, est aujourd’hui celui d’un collectif. Celui d’hommes et de femmes qui, sous terre, respirent un air invisible mais peut-être destructeur.