En quelques années, les sprays et gummies de mélatonine sont devenus les nouveaux alliés du sommeil en grande surface. Présentés comme naturels, faciles d’accès et sans ordonnance, ces compléments alimentaires séduisent aussi les parents. Certains n’hésitent pas à les donner à leurs enfants, convaincus d’avoir trouvé la solution miracle contre les insomnies. Mais derrière ce marché florissant se cachent de sérieuses mises en garde.
Un marché en plein essor, mais sous surveillance
Sous forme de comprimés, de gommes ou de sprays, la mélatonine, hormone régulatrice de l’horloge biologique, s’affiche partout. Le Synadiet, syndicat des compléments alimentaires, confirme sa place de produit phare dans le rayon sommeil, avec une progression notable du chiffre d’affaires en 2024. La molécule est pourtant double : vendue en médicament sur prescription à doses élevées, mais aussi en libre accès à moins de 2 mg par jour, où elle est classée comme simple complément alimentaire. Cette accessibilité massive inquiète les autorités. Dès 2018, l’Anses avait recensé plusieurs effets indésirables (maux de tête, palpitations, vomissements) avec un lien jugé probable dans certains cas. L’agence déconseille fermement son usage chez les enfants et les adolescents. Les emballages rappellent cette interdiction, mais dans les faits, la tentation reste forte pour des familles qui cherchent à écourter les soirées agitées.
Les pharmaciens en première ligne, les spécialistes en alerte
Dans les officines, la règle est claire : pas de mélatonine pour les moins de 12 ans. Les pharmaciens interrogés à Paris et à Lyon affirment refuser systématiquement toute demande parentale. Ils rappellent que le rôle de la molécule est limité et qu’il vaut mieux réduire les écrans ou instaurer un rituel du soir. Mais tous concèdent qu’une fois en rayon, rien n’empêche un adulte d’en acheter et de l’utiliser pour ses enfants. Pour les médecins du sommeil, le danger dépasse les effets secondaires. Le neurologue Marc Rey prévient : présenter la mélatonine comme une condition pour s’endormir installe une dépendance psychologique et compromet l’apprentissage naturel du sommeil. Yves Dauvilliers, spécialiste au CHU de Montpellier, insiste de son côté sur le caractère trompeur de la molécule : ce n’est pas un somnifère, seulement un régulateur biologique. Autrement dit, au mieux, elle aide le corps à retrouver son rythme, au pire, elle ne fait rien. Reste que sa banalisation brouille les repères. Endormir un enfant ne devrait pas relever d’une pulvérisation magique mais d’une éducation au sommeil : horaires réguliers, histoires du soir, apaisement. Un apprentissage certes exigeant, mais bien plus solide qu’un simple spray acheté au supermarché.