Alors que la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) poursuit sa progression dans les Alpes, le virus détecté fin juin en Savoie suscite une inquiétude nouvelle : celle du sort réservé aux fromages en cours d’affinage. Malgré l’absence de danger pour la santé humaine, les produits laitiers issus d’élevages touchés sont bloqués, et les premières pertes s’accumulent.
186 tonnes de fromage suspendues à une décision
Depuis l’identification du premier foyer à Entrelacs le 29 juin, la DNC a déjà frappé 32 exploitations en Savoie et Haute-Savoie. À chaque nouveau cas, les autorités imposent l’interruption immédiate de la commercialisation des produits laitiers issus du troupeau contaminé et ce, rétroactivement sur 28 jours. Une règle difficile à appliquer, notamment dans les coopératives où le lait de plusieurs exploitations est mélangé dès la collecte. Pour l’heure, 186 tonnes de fromages sont en attente de consignes. Leur commercialisation reste suspendue malgré les appels répétés de la filière, qui assure qu’aucun risque sanitaire ne justifie leur destruction. Les professionnels alertent : pour des produits à l’affinage court, comme la tomme de Savoie, le temps presse. D’ici quelques jours, certains lots devront être détruits s’ils ne reçoivent pas le feu vert de l’administration.
Des pertes économiques et génétiques en cascade
Avec près de 400 millions de litres de lait transformés chaque année, dont 95 % en fromages au lait cru sous signes de qualité (AOP, IGP), les deux départements jouent gros. Reblochon, abondance, beaufort, raclette… aucune appellation n’est à l’abri, et plusieurs communes font déjà face à l’arrêt de leur production. À ce stade, les pertes sont estimées à 2 millions d’euros. Au-delà des stocks menacés, la filière redoute un effet à long terme : la disparition progressive de certaines races locales à faible effectif comme la tarine ou l’abondance, en cas d’abattage massif et prolongé. Le gouvernement a promis un renforcement des indemnisations, avec des avances de trésorerie et une extension des périodes d’improductivité reconnues, mais le renouvellement des cheptels s’annonce complexe. Face à cette crise, certains envisagent déjà une révision temporaire des cahiers des charges AOP-IGP. En attendant, dans les caves d’affinage des Alpes, le sort de centaines de meules reste suspendu à une décision politique.