Interdit comme additif alimentaire depuis 2020 en France, le dioxyde de titane (E171) continue pourtant de s’inviter dans l’organisme humain. Une étude publiée hier par une équipe française de l’Inrae, de l’AP-HP et du CNRS révèle sa présence quasi systématique dans le lait maternel, le lait animal et les laits infantiles. Ces nanoparticules, utilisées massivement dans les cosmétiques, médicaments, peintures ou engrais, seraient donc absorbées quotidiennement, et ce dès la naissance. Dans les dix échantillons de lait maternel analysés, provenant de femmes résidant en région parisienne, les chercheurs ont détecté des concentrations variables mais systématiques de titane. Certaines femmes présentaient jusqu’à quinze fois plus de particules que d’autres. Le lait commercialisé, issu de vaches, chèvres ou ânesses, bio ou non, affichait en moyenne 133 millions de particules par litre. Et les laits infantiles n’échappent pas à la règle : 83 % des échantillons testés, vendus pour les enfants de 0 à 36 mois, contenaient jusqu’à 400 millions de particules par litre.
Une substance omniprésente et toujours suspectée
Le dioxyde de titane, classé cancérigène possible par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dès 2006, a vu son usage alimentaire interdit en Europe par précaution. Pourtant, il continue à se diffuser massivement dans l’environnement : air, eau, sols… Tout y est contaminé. Son usage industriel reste largement autorisé, et la France en produit ou importe plus de 10 000 tonnes chaque année. L’érosion des peintures, les rejets d’usine et certains fertilisants figurent parmi les sources principales de dissémination. La chercheuse Anne Burtey, co-autrice de l’étude, souligne que ces particules ont déjà été repérées dans des tissus tumoraux, des placentas ou des organes internes. Le lait maternel reflète à la fois l’exposition de la mère et celle du nourrisson. En prouvant que la glande mammaire elle-même est contaminée, l’étude confirme que les nouveau-nés y sont exposés dès les premiers jours de vie.
Mais les effets sanitaires restent mal documentés
Si certaines recherches évoquent des propriétés génotoxiques (dommages à l’ADN), un lien avec certains cancers ou des impacts sur les organes des enfants, aucune donnée n’est encore jugée suffisamment solide pour établir des seuils de dangerosité en dehors du cadre professionnel. L’Anses elle-même admet ne pas pouvoir trancher sur la toxicité de cette substance, tout en maintenant que son innocuité ne peut être garantie. Des travaux complémentaires sont donc indispensables. L’équipe prévoit d’étendre ses recherches sur des échantillons plus larges, d’explorer les effets biologiques chez les enfants, et appelle la communauté scientifique à prendre le relais. Une chose est sûre : cette pollution invisible et silencieuse ne s’arrête pas aux portes de l’assiette, et touche dès la naissance les plus vulnérables.