Interdit dans l’alimentation en France depuis 2020, le dioxyde de titane n’a pas pour autant disparu de nos vies. Une étude récente a révélé sa présence dans du lait maternel et des laits infantiles, relançant les inquiétudes autour de cette substance classée comme cancérigène potentiel par inhalation. Malgré l’interdiction dans les denrées alimentaires, ce composé chimique reste massivement utilisé dans de nombreux secteurs industriels. En France, plus de 10 000 tonnes de dioxyde de titane (TiO₂) sont produites ou importées chaque année. Ces nanoparticules, invisibles à l’œil nu, sont pourtant présentes partout : dans les crèmes, les médicaments, les plastiques, les papiers, les peintures et bien d’autres objets du quotidien. Leur capacité à blanchir, opacifier ou protéger des UV en fait un ingrédient prisé, mais aussi controversé.
Des cosmétiques aux médicaments, une traçabilité partielle et des alternatives encore rares
Dans les produits cosmétiques, le dioxyde de titane est largement répandu. Il est utilisé dans les dentifrices, les savons, le maquillage ou encore les crèmes solaires. Certaines marques comme L’Oréal reconnaissent l’utiliser, notamment sous forme nanométrique, signalée dans les ingrédients par les mentions « TITANIUM DIOXIDE », « TITANIUM DIOXIDE [NANO] » ou « CI 77891 ». L’additif reste autorisé dans les cosmétiques non inhalables, une nuance qui permet à l’industrie de continuer à y recourir. Côté pharmaceutique, la situation est tout aussi préoccupante. Plus de 4 000 médicaments vendus en France contiennent du dioxyde de titane dans leurs enrobages. Il sert à blanchir ou opacifier comprimés, gélules et capsules. Si des alternatives sont en développement, elles tardent à se généraliser. La Commission européenne devait statuer sur son maintien dans les médicaments, mais n’a pas encore tranché. L’association Avicenn envisage même un recours pour pousser Bruxelles à publier une décision.
Des conséquences multiples ?
Les industries du plastique, du bâtiment, du papier et de l’impression restent parmi les plus grands utilisateurs du TiO₂. On le retrouve dans le PVC, les carrelages, les papiers décoratifs, les emballages et les revêtements muraux. Selon les fabricants eux-mêmes, 95 % des peintures contiennent du dioxyde de titane, qui représente à lui seul la moitié de la consommation mondiale de pigments dans ce domaine. Malgré les alertes scientifiques sur ses effets possibles sur l’ADN, l’immunité, le neurodéveloppement ou la reproduction, le dioxyde de titane continue donc de circuler librement dans des milliers de produits. Invisible, omniprésent et difficilement évitable, il soulève une question devenue urgente : jusqu’où tolérer l’exposition à un composé jugé toxique, au nom de la blancheur, du brillant ou de la tenue des produits industriels ?