JOHANNESBURG – Le dépistage du VIH a connu une baisse significative en Afrique du Sud depuis la réduction de l’aide américaine, affectant en particulier les femmes enceintes, les nourrissons et les jeunes. Selon des données gouvernementales consultées par Reuters, les tests de charge virale – cruciaux pour surveiller l’efficacité des traitements – ont diminué de plus de 20 % dans certains groupes ces deux derniers mois, suscitant de vives inquiétudes chez les spécialistes de la santé publique.
Jusqu’à récemment, les États-Unis finançaient près d’un cinquième du budget sud-africain consacré à la lutte contre le VIH, en grande partie via le programme PEPFAR. Mais depuis février, l’administration Trump a coupé la quasi-totalité de cette aide, dans le cadre de sa politique « America First ». Si les antirétroviraux sont fournis localement, les salaires de quelque 15 000 agents de santé dépendaient de ces fonds américains, tout comme de nombreuses cliniques communautaires aujourd’hui fermées.
Les répercussions sont visibles : en avril, les tests de charge virale chez les femmes enceintes ont chuté de 21,3 % par rapport à l’année précédente, ceux pour les nourrissons de 19,9 %, et les tests chez les jeunes de 15 à 24 ans de 17,2 %. Ce déclin entrave non seulement la surveillance des patients traités, mais compromet aussi la prévention de la transmission du virus, notamment de la mère à l’enfant. Les experts craignent qu’un tel recul n’annonce une recrudescence des infections et des décès.
« Ce sont des chiffres choquants, avec de profondes implications pour la santé maternelle et infantile », alerte François Venter, directeur d’un centre de recherche à Johannesburg. Le ministère de la Santé sud-africain reconnaît des défis préexistants dans le suivi des patients, mais certains chercheurs accusent les autorités de minimiser l’impact des coupes budgétaires.
À Diepsloot, une militante communautaire du nom de Sophy Moatshe témoigne de la difficulté croissante à convaincre les patients séropositifs de se rendre en clinique. « S’il n’y a personne pour les suivre, ils vont mourir », déplore-t-elle. Dans plusieurs cliniques du Cap, l’épidémiologiste Dvora Joseph Davey observe déjà un manque d’infirmières pour effectuer les prélèvements et un arrêt de la distribution de traitements préventifs.
Alors que l’avenir de l’aide américaine au VIH reste incertain, les coupes touchent aussi la recherche, y compris les essais de vaccins. Le gouvernement sud-africain affirme chercher de nouveaux partenaires financiers, mais sans donner de calendrier ni de garanties. Pour les experts, la tendance actuelle pourrait se traduire en une crise majeure de santé publique si aucune solution rapide n’est mise en œuvre.