GENÈVE, 5 juin 2025 — Dans une scène qui illustre l’effondrement absolu du système de santé à Gaza, les médecins de Médecins sans frontières (MSF) ont déclaré devoir eux-mêmes donner leur sang à leurs patients, tant les conditions sont devenues extrêmes et les ressources médicales inexistantes. L’organisation humanitaire, présente sur le terrain, alerte sur une situation humanitaire d’une gravité inédite, alors que des dizaines de Palestiniens ont été tués ces derniers jours en tentant de se procurer de la nourriture.
Devant le siège de l’ONU à Genève, environ cent membres de MSF ont manifesté jeudi pour dénoncer le chaos meurtrier provoqué par un système de distribution d’aide alimentaire, géré par une société privée et autorisé par Israël. Selon les humanitaires, ce dispositif, qui a remplacé les mécanismes d’aide coordonnés par l’ONU, a conduit à des bousculades massives, aggravées par des tirs à balles réelles.
« Les gens courent pour leur survie avec de la nourriture dans les bras, mais ils sont abattus. C’est inédit, inacceptable », a déclaré Stephen Cornish, directeur général de MSF Suisse. Il a souligné que dans certains hôpitaux, le personnel médical est désormais le seul à pouvoir donner son sang, les civils étant trop affaiblis par la faim.
Depuis que la Fondation humanitaire privée Gaza a commencé à distribuer l’aide la semaine dernière, au moins 102 Palestiniens auraient été tués et près de 500 blessés aux abords des points de distribution, selon les autorités locales. Des témoins ont affirmé que les forces israéliennes avaient ouvert le feu sur les foules. L’armée israélienne, de son côté, impute ces violences à des tirs du Hamas, mais reconnaît avoir ouvert le feu mardi sur des « suspects » jugés menaçants à proximité de ses positions, dans un incident ayant causé au moins 27 morts.
La situation humanitaire se dégrade rapidement dans l’enclave, où les conditions de vie sont jugées « indignes » par MSF. Depuis mars, l’accès à Gaza a été en grande partie bloqué, et malgré une récente levée partielle du blocus, les convois d’aide restent très insuffisants face aux besoins criants d’une population épuisée par plus de vingt mois de guerre.
La gravité de la crise n’a toutefois pas convaincu les États-Unis de soutenir un appel international au cessez-le-feu. Mercredi, Washington a opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, soutenue par tous les autres membres, qui réclamait un cessez-le-feu immédiat et un accès sans entrave à l’aide humanitaire pour Gaza.
Sur le terrain, pendant ce temps, les médecins se battent à mains nues pour maintenir en vie des blessés affamés et sans soins, dans des hôpitaux en ruines, vidés de médicaments et d’électricité. Un drame humanitaire en accélération.