Adelynn Campbell, 30 ans, responsable d’un café à San Diego, a connu sa dernière crise de panique dans un avion l’an passé. Ce jour-là, elle n’a pu compter que sur l’aide précieuse d’un agent de bord compatissant. Depuis, l’idée même de reprendre l’avion la terrorise davantage encore, surtout après la collision mortelle survenue en janvier entre un avion d’American Airlines et un hélicoptère à Washington, un drame qui a coûté la vie à 67 personnes — le plus grave accident aérien aux États-Unis depuis près de 25 ans.
La peur de l’avion, ou aérophobie, semble désormais toucher un public plus large. Si les données officielles manquent, les témoignages de psychologues et de personnel navigant évoquent une recrudescence des inquiétudes, y compris chez des passagers jusque-là sereins. Les statistiques de la TSA indiquent une baisse du trafic aérien américain en mars et début avril par rapport à 2024, que les compagnies attribuent à l’incertitude économique, à la diminution des voyages d’affaires, mais aussi à une méfiance accrue envers la sécurité aérienne.
L’aérophobie va bien au-delà d’une simple nervosité : il s’agit d’une anxiété profonde, souvent centrée sur les phases de décollage et d’atterrissage, ou sur le sentiment d’être enfermé et privé de contrôle. Elle touche environ 25 millions d’Américains selon certaines estimations, et survient fréquemment à l’âge adulte, à des moments charnières comme un mariage ou une naissance, lorsque le sentiment de responsabilité se fait plus pesant.
Adelynn Campbell, qui souffre également d’autres troubles anxieux, dit redouter avant tout le sentiment d’être « piégée, incapable de respirer ». En tant que femme transgenre, elle craint aussi la manière dont elle sera traitée dans les aéroports. Ce type d’anxiété est parfois si fort qu’il pousse les compagnies à intervenir : « Il nous arrive de devoir donner de l’oxygène à des passagers paniqués », témoigne Sara Nelson, présidente du principal syndicat d’agents de bord.
Face à ces angoisses, les experts recommandent différentes approches : respiration profonde, exposition progressive à l’univers aérien (photos, vidéos, réalité virtuelle), ou encore thérapie comportementale. Le psychologue David Carbonell conseille même de faire des vols d’entraînement sans enjeu, en tenant un journal des symptômes pour apprendre à les accepter plutôt que les fuir.
Et lorsqu’une crise survient en vol, l’entraide reste essentielle. Adelynn Campbell raconte ainsi qu’une hôtesse de l’air a pris le temps de respirer avec elle, de la rassurer, puis de la recontacter le lendemain. « J’ai été vraiment touchée », confie-t-elle. Un simple geste peut parfois suffire à ramener l’air là où il manque.