C’est une première en France : au cœur du CHRU de Nancy, un service hospitalier entièrement dédié aux victimes de violences sexuelles propose un accompagnement spécialisé, gratuit et sur le long terme. Une innovation médicale et humaine. À l’origine de ce projet unique, la professeure Coraline Hingray, psychiatre, partie d’un constat implacable : « Les centres de psychotraumatisme existants manquent de moyens et ne sont pas centrés exclusivement sur les violences sexuelles. » Elle décide alors de créer un espace à part entière, au sein même du CHRU de Nancy, dédié à ces traumatismes souvent ignorés ou traités trop tard.
Un lieu pensé pour reconstruire, au-delà de la justice
Baptisé la Maison de la résilience, ce centre de 1 500 m², installé dans les murs de l’hôpital, offre une réponse innovante à un besoin croissant. Ici, aucune démarche judiciaire préalable n’est requise. La priorité est donnée à la reconstruction personnelle : « Même sans reconnaissance par la justice, la guérison reste possible », insiste Coraline Hingray. Gratuits, les soins sont assurés par une équipe pluridisciplinaire de 24 professionnels – psychiatres, psychologues, infirmiers, assistants sociaux. Ensemble, ils accueillent chaque semaine environ 130 patients, enfants, adolescents et adultes, envoyés par leur médecin traitant ou venus d’eux-mêmes.
Soins individualisés et ateliers collectifs pour sortir du silence
La philosophie du centre repose sur une approche globale, combinant soins individuels et séances collectives. Objectif : rendre les patients acteurs de leur reconstruction. « On commence par la psychoéducation, explique la professeure. Il est essentiel que les victimes comprennent les mécanismes du traumatisme, les douleurs qu’elles ressentent, les symptômes qu’elles vivent. » Au fil des semaines, des ateliers de groupe sont proposés : expression corporelle, art-thérapie, relaxation… Ces espaces favorisent la parole, brisent l’isolement et permettent une lente réappropriation du corps et de soi. Au-delà de l’aspect thérapeutique, la création d’un lieu exclusivement consacré aux victimes de violences sexuelles est aussi un geste politique. « C’est une manière de ne plus invisibiliser ces violences, de dire enfin : vous avez votre place ici, et vous n’êtes pas seuls », affirme Coraline Hingray. Depuis l’ouverture du centre en décembre dernier, la Maison de la résilience affiche déjà une fréquentation soutenue. Et s’il reste encore à essaimer ce modèle sur le reste du territoire, à Nancy, une page s’est bel et bien tournée dans la prise en charge des blessures les plus profondes.