Un signal d’alarme pour la santé publique(Image : s disease)
Un signal d’alarme pour la santé publique(Image : s disease)

La liste des méfaits liés à la pollution atmosphérique ne cesse de s’allonger. Après avoir été mise en cause dans les maladies respiratoires, cardiovasculaires et même dans le développement de la maladie de Parkinson, elle apparaît désormais comme un facteur de risque majeur dans la maladie à corps de Lewy, une pathologie neurodégénérative qui combine des symptômes d’Alzheimer et de Parkinson et dont l’évolution est particulièrement rapide.

Des données massives et des preuves en laboratoire

En examinant les dossiers médicaux de 56 millions d’Américains de plus de 65 ans, des chercheurs de l’Université Johns Hopkins ont constaté que les personnes vivant dans des zones fortement exposées aux particules fines PM2,5 présentaient un risque accru d’hospitalisation pour maladie à corps de Lewy. Ce lien statistique, plus marqué que pour la maladie de Parkinson, suggère une vulnérabilité particulière. Les analyses post-mortem révèlent d’ailleurs que les agrégats d’alpha-synucléine, signature biologique de la pathologie, s’accumulent aussi dans le bulbe olfactif, véritable porte d’entrée des microparticules. Les expériences animales viennent renforcer cette inquiétude. Des souris exposées aux PM2,5 développent des troubles de mémoire, une atrophie cérébrale et des dépôts massifs d’alpha-synucléine. Lorsqu’on bloque le gène de cette protéine, les symptômes disparaissent, preuve que la pollution agit comme un accélérateur pathologique. Plus troublant encore, les chercheurs ont montré que les particules fines modifient la structure de la protéine, créant une forme anormalement stable et toxique, plus résistante et plus apte à se propager entre neurones. Injectée dans le cerveau de souris génétiquement modifiées, cette nouvelle variante déclenche avant tout des troubles cognitifs, très proches de ceux observés chez les patients atteints de la maladie à corps de Lewy.

Un signal d’alarme pour la santé publique

Ces résultats ne permettent pas encore d’affirmer que la pollution provoque directement la maladie, mais ils balaient l’idée d’une simple coïncidence. D’autres études avaient déjà relevé la présence de synucléinopathies chez de jeunes sujets exposés à une pollution intense à Mexico, ou encore des pertes de mémoire équivalentes à un vieillissement prématuré de quatre ans. Certains composés chimiques comme les phtalates sont également suspectés d’aggraver ce risque. Pour les chercheurs, le message est clair : l’air pollué ne se contente pas d’attaquer les poumons ou le cœur, il altère aussi le cerveau. Neuroinflammation, stress oxydatif, mauvais repliement des protéines… les mécanismes observés dans la maladie à corps de Lewy sont communs à de nombreuses pathologies neurodégénératives. Chaque nouvelle preuve renforce l’urgence de réduire l’exposition aux particules fines si l’on veut limiter, au-delà des cancers et des infarctus, la progression silencieuse des démences.

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