Saint-Ouen : les parents d’élèves appelés à voter face aux dealers qui gangrènent une école maternelle
Saint-Ouen : les parents d’élèves appelés à voter face aux dealers qui gangrènent une école maternelle

À Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, la municipalité a pris une décision inédite mais controversée. Ce jeudi 3 avril, les parents d’élèves de l’école maternelle Émile Zola, située au cœur d’une zone minée par le trafic de drogue, sont appelés à voter pour choisir entre un déménagement immédiat après les vacances de printemps ou un report à la rentrée de septembre. Cette consultation exceptionnelle intervient après la découverte de sachets de drogue et de bonbonnes de gaz hilarant dans la cour de l’école, régulièrement souillée par les dealers du quartier Arago.

Depuis des mois, la situation est jugée alarmante par les familles et le personnel éducatif. La mairie propose de transférer les 60 élèves concernés vers des locaux plus sûrs situés à quelques centaines de mètres, dans l’école principale rue Émile Zola et dans un relais petite enfance. Le maire socialiste Karim Bouamrane défend cette mesure comme une réponse d’urgence à un problème de sécurité. Selon lui, il ne s’agit pas d’un abandon : « Tous les mètres carrés seront réinvestis par la puissance publique », promet-il, évoquant notamment l’arrivée d’une association culturelle pour adultes dans les lieux.

Une école prise en étau par le trafic

Mais sur le terrain, la colère gronde. Plusieurs habitants ne comprennent pas pourquoi c’est l’école qui plie face aux trafiquants, et non l’inverse. Des voix s’élèvent, comme celle du député LFI Éric Coquerel, pour dénoncer un recul de la République : « C’était le dernier signe de service public dans le secteur », estime-t-il. La préfecture assure de son côté que la zone fait l’objet d’une surveillance accrue avec 29 interpellations et deux kilos de drogue saisis ces derniers mois, mais les riverains pointent l’inefficacité des mesures prises face à un trafic ancré depuis plus de vingt ans.

L’Éducation nationale affirme soutenir les familles quelle que soit l’issue du vote. Mais pour beaucoup de parents, ce scrutin local ne peut masquer une réalité glaçante : celle d’un service public éducatif contraint de s’adapter aux dealers. Le bureau de vote, installé dès 7h30 dans l’école, incarne une décision à la fois démocratique et douloureuse, révélatrice d’un renoncement sécuritaire qui ne dit pas son nom.

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