Les femmes n’ont jamais été aussi nombreuses à jouer aux jeux vidéo, mais leur présence ne les protège toujours pas des comportements sexistes. En 2025, elles représentent 49 % des joueurs, contre seulement 10 % il y a vingt-cinq ans. Pourtant, 40 % des joueuses déclarent avoir déjà subi des insultes, menaces ou comportements à caractère sexiste ou sexuel dans leurs échanges en ligne. Sur Valorant, Call of Duty ou League of Legends, les témoignages se ressemblent : remarques misogynes dès qu’une voix féminine se fait entendre, insultes sur le niveau de jeu, harcèlement collectif ou encore drague insistante. Certaines racontent même avoir quitté une partie en pleurs après plusieurs minutes d’attaques répétées.
Pour continuer à jouer, beaucoup développent des stratégies qui en disent long sur l’état du problème. Certaines coupent leur micro, évitent les modes de jeu nécessitant de parler, modifient leur voix ou adoptent un pseudo et une photo de profil masculins. D’autres choisissent leurs horaires pour éviter les moments où les échanges deviennent plus agressifs. Cette adaptation a un prix : sur les jeux compétitifs, ne plus communiquer peut directement pénaliser les performances de l’équipe. Plusieurs joueuses expliquent ainsi devoir choisir entre participer pleinement à la partie et limiter les risques de harcèlement. Le problème dépasse par ailleurs le sexisme : les joueuses noires ou LGBT peuvent être confrontées à des attaques racistes ou homophobes qui s’ajoutent aux insultes liées au genre.
Face au harcèlement, les gameuses créent leurs propres espaces
Une partie des joueuses a donc choisi de construire des communautés fermées où elles peuvent jouer sans avoir à se justifier. Le serveur Girls Empire, créé en 2020, rassemble aujourd’hui plus de 1 500 membres autour d’un principe simple : proposer un espace réservé aux femmes et centré sur l’entraide. La contrepartie est une modération particulièrement lourde. Chaque nouvelle arrivée doit être vérifiée afin d’éviter l’intrusion de profils malveillants, un travail devenu encore plus complexe avec les outils d’intelligence artificielle capables de tromper certaines vérifications. Des listes de comptes bannis sont même partagées entre communautés. Dans le même esprit, l’association AfroGamers revendique plus de 900 membres et accompagne notamment les créateurs confrontés au racisme, au sexisme, à la grossophobie ou à l’homophobie. Ces structures enseignent aussi les outils de signalement, de bannissement et de modération nécessaires pour évoluer sur Twitch ou Discord.
Mais ces refuges numériques révèlent aussi les limites du système : une grande partie de la protection repose encore sur les victimes elles-mêmes. Les plateformes proposent des outils de blocage et de signalement, tandis que l’État dispose notamment de Pharos pour les contenus illicites, mais plusieurs acteurs interrogés jugent ces mécanismes trop lourds ou insuffisants. Le déséquilibre apparaît également dans l’industrie. Les femmes représenteraient seulement 20 % des emplois du jeu vidéo, contre 24 % en 2022, avec 6 % dans les métiers techniques et 14 % aux postes de direction. Dans l’esport, leur part stagne autour de 6 %. Les associations multiplient donc mentorats, formations, espaces sécurisés et interventions auprès des studios, mais elles considèrent que ces initiatives ne pourront pas compenser durablement l’absence de changements dans le recrutement, le management et la modération. Les femmes sont désormais presque aussi nombreuses que les hommes parmi les joueurs, mais dans les studios, la compétition et les espaces de décision, cette égalité reste encore très loin d’être atteinte.

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