"J’ai amené moi-même les deux dernières bouteilles": Jessica Moretti reconnaît son rôle dans le drame de Crans-Montana. (DR)
« J’ai amené moi-même les deux dernières bouteilles »: Jessica Moretti reconnaît son rôle dans le drame de Crans-Montana. (DR)

L’enquête sur l’incendie qui a ravagé la discothèque Le Constellation à Crans-Montana lors de la nuit du Nouvel An, faisant 40 morts, continue de préciser les circonstances ayant conduit à la catastrophe. Selon le média suisse Blick, lors de son audition du 9 janvier dernier, Jessica Moretti, gérante de l’établissement, a confirmé avoir autorisé et pris part à l’animation impliquant des bougies festives, peu avant que le feu ne se propage dans la salle.

Selon ses déclarations, cette mise en scène faisait partie des usages du club depuis son ouverture. L’incendie a été déclenché lorsque les étincelles émises par ces bougies ont atteint le plafond, recouvert d’une mousse acoustique particulièrement inflammable, provoquant une propagation extrêmement rapide des flammes.

Une pratique habituelle

La présentation de bouteilles d’alcool accompagnées de cierges magiques est courante dans de nombreux établissements nocturnes. Jessica Moretti a expliqué aux enquêteurs que ce procédé était utilisé au Constellation depuis près de dix ans. « Nous attachons un élastique à la bouteille, auquel est fixée la bougie. Elle brûle pendant environ 20 secondes. Seul notre personnel s’en charge », a-t-elle déclaré.

Le soir du drame, une commande exceptionnelle de seize bouteilles de champagne, facturées chacune 500 francs suisses, a été passée simultanément. Face à cette situation, la gérante affirme avoir demandé de l’aide à Cyane, une employée française de 24 ans, habituellement affectée au bar du rez-de-chaussée. Selon Blick, elle précise avoir elle-même participé au service et indique : « J’ai amené moi-même les deux dernières bouteilles ».

Sur les images filmées par des clients, Cyane apparaît tenant un feu de bengale tout en étant portée sur les épaules d’un collègue, Mathieu. Ce sont les étincelles de cette bougie qui auraient atteint le plafond et déclenché l’incendie.

Le port du casque au cœur de la polémique

Jessica Moretti reconnaît avoir validé le principe du spectacle, mais nie être à l’origine de certains choix, notamment celui du port d’un casque par l’employée. Selon les enquêteurs, ce casque aurait limité le champ de vision de la jeune femme et l’aurait empêchée de remarquer que les étincelles entraient en contact avec le plafond.

La gérante affirme ne pas avoir donné cette consigne. « L’équipe voulait mettre de l’ambiance, c’est pour ça qu’ils ont mis des casques », a-t-elle déclaré, ajoutant que Cyane était montée sur les épaules de son collègue « de sa propre initiative » et qu’elle n’avait pas cherché à l’en dissuader.

Cette version est toutefois remise en question par le témoignage d’une cliente présente ce soir-là, proche de l’employée. Entendue par les enquêteurs, elle affirme que la direction lui avait demandé de participer au service des bouteilles. Elle soutient également que la consigne du casque venait directement de la gérante : « Jessica a dit [à Cyane] de mettre le casque. Moi-même, à la demande de Jessica, j’ai dû porter un masque blanc ».

Les premières minutes de l’incendie

Interrogée sur sa réaction lorsque le feu s’est déclaré, Jessica Moretti a décrit une scène de panique soudaine. « Soudain, j’ai senti un mouvement dans la foule. J’ai vu une lumière orange près du comptoir. J’ai crié : “Tout le monde dehors !” », a-t-elle relaté.

Elle explique ensuite avoir quitté la salle par les escaliers principaux, avoir demandé au vigile de procéder à l’évacuation et avoir contacté immédiatement les services d’urgence.

La gérante a également reconnu savoir que trois extincteurs étaient stockés au sous-sol et qu’ils avaient été vérifiés en août 2025. Elle n’a toutefois pas pu expliquer pourquoi aucun n’a été utilisé au moment où le feu s’est déclaré.

Les avocats des propriétaires dénoncent une pression médiatique

Interrogés par BFMTV, les avocats de Jessica et Jacques Moretti contestent toute volonté de fuite ou de dissimulation après le drame. Selon eux, leur cliente n’aurait pas quitté les lieux dans la précipitation. « D’aucune façon, elle a quitté les lieux avec précipitation, mais elle est restée sur les lieux à aider, à entourer les blessés », a affirmé Me Yaël Hayat, rappelant que le père de Jessica Moretti est pompier et lui a toujours conseillé de prévenir immédiatement les secours en cas de départ de feu.

La défense dénonce par ailleurs une mise en cause publique excessive et appelle à laisser l’enquête suivre son cours. « On ne peut pas, dans une enquête aussi sensible, aussi complexe, faire le procès dans la presse », a insisté Me Patrick Michod, réfutant notamment la rumeur selon laquelle la gérante aurait emporté la caisse avant de quitter l’établissement.

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