L’exposition Kandinsky. La musique des couleurs, organisée par la Philharmonie de Paris en collaboration avec le Centre Pompidou, met en lumière l’un des liens les plus profonds de l’histoire de l’art moderne : celui qui unit le peintre russe à la musique. Un dialogue sensoriel saisissant, proposé jusqu’au 1er février 2026, qui donne à voir — et surtout à entendre — l’abstraction comme une véritable partition visuelle.
De Wagner à l’abstraction : un parcours initiatique
La rétrospective s’ouvre sans tableau, mais avec le prélude de Lohengrin de Wagner, diffusé dans un casque que chaque visiteur chausse à l’entrée. Ce choix n’est pas anodin : c’est à ce moment précis que, selon Kandinsky lui-même, son destin bascule. En 1895, juriste formé à Moscou, il découvre coup sur coup les Meules de foin de Monet et la puissance dramatique de Wagner au théâtre du Bolchoï. Ces deux chocs artistiques marquent le début d’une quête : faire de la peinture un équivalent de la musique.
L’exposition retrace cette évolution à travers près de 200 œuvres, croquis, objets et documents personnels, montrant comment Kandinsky a progressivement abandonné la figuration pour explorer les forces expressives de la couleur et de la forme. Très tôt, il transpose dans sa peinture le vocabulaire musical : « Improvisation », « Composition », « Mouvement »… Pour lui, peindre devient un acte sonore. « Il a cessé d’imiter la nature pour faire comme un musicien : composer », explique Marie-Pauline Martin, directrice du Musée de la musique et co-commissaire de l’exposition.
Une œuvre pensée comme une symphonie sensorielle
Profondément nourri de musique — il a étudié le violoncelle, le piano et le solfège dès l’enfance —, Kandinsky développe une conception synesthésique de l’art. Il pense la peinture comme un langage qui, à l’instar de la musique, s’adresse directement à l’âme.
Aux côtés des toiles emblématiques, l’exposition donne une large place à ses échanges avec le compositeur Arnold Schönberg, dont il partageait l’approche radicale. Leur correspondance, entamée après un concert en 1911, illustre cette entente artistique rare. Kandinsky ira jusqu’à encourager le musicien à peindre, dans un mouvement de va-et-vient entre les disciplines.
Le parcours se termine sur des projets scénographiques restés inaboutis, comme le Salon de musique imaginé à Berlin en 1931 ou son rêve d’opéra visuel autour des Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Des visions qui, grâce à cette exposition immersive, prennent enfin forme. Kandinsky souhaitait que l’on ressente la peinture comme on entend un morceau de musique. À Paris, ce vœu est exaucé.