À quelques jours de l’ouverture du conclave, prévu le 7 mai au Vatican, Emmanuel Macron est au cœur d’une vive polémique en Italie. Plusieurs journaux de droite, dont Libero et Il Tempo, accusent le président français de vouloir influencer l’élection du prochain pape, en faveur d’un candidat français. En cause : un déjeuner organisé le 26 avril à l’ambassade de France à Rome avec quatre cardinaux électeurs, dont Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, considéré comme papabile. Une initiative jugée suspecte, d’autant que Macron avait également rencontré la veille Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio, influente dans les cercles vaticans.
Selon Il Figlio, le président français nourrirait un « gros complot » pour imposer ses vues au Saint-Siège, ce qui marquerait un retour du vieux rêve d’un pape français, près de sept siècles après Grégoire XI. Jean-Marc Aveline, réputé proche de la ligne sociale du pape François, est vu d’un mauvais œil par la presse conservatrice italienne, qui le décrit comme « pro-migrants » et trop progressiste. En parallèle, certains évoquent aussi le cardinal Matteo Zuppi, autre prétendant perçu comme proche de la France. De quoi attiser les craintes d’un Vatican sous influence étrangère.
Derrière les accusations de manœuvres, c’est aussi le bras de fer diplomatique entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni qui transparaît. La Première ministre italienne, chef d’un gouvernement de droite dure, entretient des relations tendues avec Paris depuis son arrivée au pouvoir. Pour certains éditorialistes italiens, soutenir un pape progressiste permettrait à Macron de contrer l’influence de Meloni au sein même de l’Église. Ce soupçon d’intervention renvoie à une longue histoire de rapports ambigus entre la France et le Vatican, de l’époque napoléonienne jusqu’à aujourd’hui.
Des accusations sans preuve, mais révélatrices
Malgré le ton accusateur, aucune preuve concrète d’un lobbying actif n’a été avancée. Les papabili français ne semblent pas remplir tous les critères traditionnels : Mgr Aveline ne maîtrise pas l’italien, langue de travail au Vatican, et François Bustillo est jugé trop jeune. Mais ces rumeurs illustrent les tensions géopolitiques autour du Vatican et la crainte d’un trop grand activisme politique français dans les arcanes religieuses.