C’est une vague citoyenne inédite qui déferle sur le Parlement. En l’espace de deux semaines, la pétition contre la loi Duplomb vient de franchir le cap symbolique des deux millions de signatures sur le site de l’Assemblée nationale, du jamais-vu depuis la création de la plateforme. Le texte, soutenu par une étudiante en master, réclame l’abrogation immédiate de cette loi controversée, adoptée début juillet et autorisant, sous conditions, la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes interdit depuis 2018.
Cette mobilisation exceptionnelle intervient alors que le texte va être prochainement examiné par le Conseil constitutionnel, qui devrait rendre sa décision le 7 août. En attendant, le président de la République Emmanuel Macron garde le silence, préférant s’en remettre à l’avis des Sages. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard, elle, a d’ores et déjà affirmé que la loi serait « de toute façon promulguée », quels que soient les remous suscités.
Une fracture entre agriculture et écologie
La loi Duplomb, défendue par les syndicats agricoles majoritaires, notamment les Jeunes Agriculteurs, divise profondément l’opinion publique. Si les exploitants saluent un texte de « survie » face aux impasses phytosanitaires, les écologistes dénoncent une menace pour la biodiversité et les pollinisateurs. Le texte prévoit des dérogations encadrées, mais ses opposants y voient un dangereux retour en arrière en matière de politique environnementale.
Malgré le seuil des 500 000 signatures déjà franchi, qui permet la tenue d’un débat à l’Assemblée, celui-ci n’a aucun pouvoir d’abrogation. Seul un recours devant le Conseil constitutionnel, déposé par une centaine de parlementaires, pourrait encore infléchir le destin de cette loi qui cristallise l’un des clivages les plus profonds du quinquennat Macron : celui entre science agricole, lobbying industriel et conscience écologique.