L’Assemblée nationale a adopté mardi une résolution demandant la diffusion des cahiers de doléances recueillis lors du Grand débat national de 2019, lancé en réponse à la crise des Gilets jaunes. Qualifiés de « trésor national » par la députée écologiste Marie Pochon, ces 19 000 cahiers contiennent des témoignages, revendications et propositions de citoyens, souvent restés sans réponse officielle. Aujourd’hui conservés dans les archives départementales, ces documents restent peu consultés, bien que le public y ait théoriquement accès.
Pour permettre leur diffusion, la résolution appelle à la numérisation et l’anonymisation des doléances avant leur mise en ligne sur une plateforme accessible à tous. Cette initiative pose toutefois des défis juridiques, la loi imposant un délai de cinquante ans pour protéger les informations personnelles. Le gouvernement s’est engagé à chercher des solutions techniques, notamment via l’intelligence artificielle, afin d’accélérer ce processus et lever progressivement les restrictions d’accès aux archives.
L’adoption unanime de cette résolution à l’Assemblée, malgré des débats animés, reflète un large consensus politique. Si le Rassemblement national a critiqué l’hypocrisie de certains députés, jugés responsables de la crise sociale, La France insoumise y voit une occasion de redonner leur voix aux Gilets jaunes. Les élus de la majorité espèrent, eux, tourner définitivement la page de ce mouvement en rendant publique cette mémoire collective.
Six ans après les manifestations qui ont secoué la France, les revendications des Gilets jaunes restent d’actualité. Le mouvement, né en opposition à la hausse de la taxe sur les carburants, avait mis en lumière un profond malaise social et conduit à des mesures gouvernementales pour un montant de 17 milliards d’euros. Malgré la disparition progressive du mouvement dans la rue, les doléances citoyennes qu’il a suscitées témoignent encore aujourd’hui des fractures persistantes au sein de la société française.