LONDRES – Le Parti réformiste britannique (Reform UK), dirigé par Nigel Farage, a dévoilé lundi une proposition controversée baptisée « Britannia Card », destinée à attirer les migrants les plus fortunés en leur offrant un permis de résidence de dix ans au Royaume-Uni contre un paiement unique de 250 000 livres sterling (environ 338 000 dollars). En échange, ces nouveaux résidents seraient exonérés de toute imposition sur leurs revenus, actifs et plus-values à l’étranger.
Cette annonce intervient dans un contexte politique tendu à l’approche des prochaines élections générales, où Reform UK tente de se positionner comme une alternative aux conservateurs et aux travaillistes. Alors que le gouvernement a récemment supprimé les avantages fiscaux des résidents « non-domiciliés », cette mesure propose un retour à une forme d’exception fiscale, mais cette fois, vendue ouvertement sous la forme d’un programme d’investissement migratoire.
Nigel Farage a justifié cette initiative en affirmant que les revenus générés par le programme seraient reversés aux 10 % de travailleurs à temps plein les moins bien payés du Royaume-Uni. Selon lui, l’arrivée de ces résidents fortunés dynamiserait les finances publiques grâce aux impôts qu’ils paieraient sur leurs revenus britanniques, tout en stimulant l’investissement privé.
« Nous voulons attirer dans notre pays ceux qui créent de la richesse, des emplois, et qui investissent massivement. La Britannia Card est une manière d’y parvenir », a déclaré Farage, tout en affirmant que 10 800 contribuables aisés avaient quitté le pays l’année dernière, notamment en raison de la fin du régime des non-doms – une donnée cependant remise en question par le Tax Justice Network.
Le programme n’a pas tardé à susciter des critiques. Des experts fiscaux et des associations de lutte contre les inégalités y voient un moyen de créer une résidence « à deux vitesses », réservée à ceux qui peuvent s’acheter une place dans le pays, tout en échappant partiellement au système fiscal national. D’autres y voient un signal politique clair : celui d’un parti désireux de séduire les classes populaires tout en courtisant les grandes fortunes.
Farage, en réponse aux critiques, a insisté sur le fait que la politique visait à réduire l’écart entre les revenus issus du travail et ceux issus des aides sociales, promettant une redistribution directe et tangible au bénéfice des Britanniques les plus modestes. Le débat s’annonce vif sur cette mesure mêlant libéralisme économique et populisme fiscal.