L’administration du président Donald Trump a annoncé avoir officiellement renvoyé l’Université Harvard devant le ministère américain de la Justice, l’accusant de violations des droits civiques en lien avec des actes présumés de discrimination à l’encontre d’étudiants juifs et israéliens. Cette décision marque une nouvelle escalade dans le bras de fer qui oppose la prestigieuse institution universitaire à la Maison Blanche.
Dans une lettre datée de mercredi, le ministère de la Santé et des Services sociaux a déclaré que les discussions menées ces derniers mois avec la direction de Harvard avaient échoué. L’administration Trump affirme que l’université a manqué à ses obligations légales en ne répondant pas de manière adéquate à des signalements de harcèlement visant des membres de la communauté juive sur le campus, concluant que Harvard avait violé la loi fédérale sur les droits civiques.
Ce renvoi intervient dans un climat déjà tendu entre Harvard et le gouvernement. Plus tôt cette année, l’université avait intenté une action en justice contre l’administration Trump, après le gel de plusieurs milliards de dollars de fonds fédéraux destinés à la recherche médicale et à d’autres programmes. Harvard accuse l’exécutif d’exercer une pression politique injustifiée, sous couvert de préoccupations liées aux droits civiques.
Du côté de l’administration, cette offensive s’inscrit dans une stratégie plus large visant à utiliser l’arme budgétaire pour contraindre les universités à adopter des politiques conformes aux priorités gouvernementales, notamment en matière de lutte contre l’antisémitisme. Depuis son retour à la présidence, Donald Trump a multiplié les interventions dans le domaine universitaire, accusant certaines grandes institutions d’alimenter un climat de partialité idéologique.
Mais cette démarche est loin de faire l’unanimité. Des défenseurs des libertés académiques, des juristes spécialisés en droits civiques et plusieurs professeurs de renom ont dénoncé une instrumentalisation politique des enquêtes, y voyant une tentative de museler la liberté d’expression sur les campus. « Le gouvernement utilise les droits civiques comme prétexte pour renforcer son contrôle sur les universités et restreindre le débat intellectuel », a déclaré un expert interrogé par Reuters.
L’affaire Harvard pourrait avoir des répercussions importantes sur le financement de la recherche universitaire et sur les relations entre le gouvernement fédéral et les grandes institutions d’enseignement supérieur. Elle illustre également les tensions croissantes entre impératifs de lutte contre les discriminations et préservation de l’autonomie académique dans une Amérique politiquement polarisée.