LONDRES — L’ancien chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, a confirmé vendredi être en pourparlers pour créer un nouveau parti politique, accusant le gouvernement de Keir Starmer de trahir les attentes populaires et de ne pas avoir mis en œuvre les changements promis depuis son arrivée au pouvoir. Cette initiative pourrait fragmenter davantage la gauche britannique et ébranler le soutien électoral traditionnel des travaillistes.
Dans un message publié sur le réseau social X, Corbyn a déclaré que « les fondements démocratiques d’un nouveau type de parti politique prendront bientôt forme », ajoutant qu’il était « impatient de travailler aux côtés de toutes les communautés pour lutter pour l’avenir que chacun mérite ». Cette déclaration marque un tournant pour celui qui fut, de 2015 à 2019, le leader le plus radicalement à gauche que le Labour ait connu depuis une génération.
Corbyn, qui avait porté un programme centré sur des nationalisations massives et une redistribution ambitieuse des richesses, a été contraint de quitter la direction du parti après la cuisante défaite électorale de 2019 — la pire pour les travaillistes depuis 1935. Son héritage a ensuite été publiquement désavoué par Keir Starmer, qui a recentré le parti sur des positions plus modérées.
Exclu du Labour en 2020 à la suite d’un rapport accablant sur la gestion des plaintes pour antisémitisme sous son mandat, Corbyn siège depuis comme député indépendant. Sa popularité reste forte auprès d’une partie de la base militante de gauche, notamment parmi les jeunes et les activistes engagés dans les causes sociales ou pro-palestiniennes.
L’annonce intervient à un moment délicat pour Keir Starmer, dont le gouvernement vient de traverser sa semaine la plus difficile depuis son arrivée au pouvoir. La direction travailliste a été contrainte de renoncer à plusieurs pans d’une réforme de l’aide sociale, provoquant des remous internes et des critiques sur la cohérence de sa stratégie budgétaire.
La création d’un nouveau parti par Corbyn — même limitée en ambition électorale — pourrait avoir un effet déstabilisateur pour le Labour, en siphonnant une partie de l’électorat de gauche mécontent, particulièrement dans les grandes villes et auprès des classes populaires. Cela intervient alors que les deux grands partis britanniques, travailliste et conservateur, font face à une montée en puissance de formations alternatives, sur fond de désaffection croissante pour la politique traditionnelle.
Si le projet de Corbyn se concrétise, il pourrait incarner une nouvelle tentative de recomposition de la gauche britannique, plus proche des mouvements sociaux et des luttes de terrain, mais avec le risque de diviser davantage une opposition déjà morcelée. À l’heure où le Parti travailliste tente d’imposer son autorité et de gouverner en période de tensions économiques, l’émergence d’un rival idéologique de l’intérieur pourrait rebattre les cartes.