Mardi 10 mars, l’Élysée a lâché l’information comme on pose une pièce sur l’échiquier : Christophe Lecourtier, actuel ambassadeur de France au Maroc, a été proposé pour prendre la direction générale de l’Agence française de développement (AFD). Emmanuel Macron l’a choisi pour succéder à Rémy Rioux, en poste depuis 2016, dont le départ est programmé le 3 mai. Avant de s’installer dans le fauteuil, le candidat devra franchir les étapes classiques : validation par l’Assemblée nationale et le Sénat, feu vert en conseil des ministres, et avis favorable de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.
Car l’AFD, ce n’est pas un simple établissement public de plus, c’est un levier d’influence à l’étranger qui pèse lourd. Elle finance des projets d’infrastructures, de climat, de santé ou d’éducation, et traduit dans les faits la politique française de solidarité internationale. Derrière les chiffres et les dossiers, une question flotte toujours : où place-t-on le curseur entre générosité, stratégie diplomatique et intérêts nationaux ? Le choix du patron donne déjà un début de réponse.
Un patron pour l’influence française, entre aides et intérêts
Un patron pour l’influence française, entre aides et intérêts Âgé de 63 ans, énarque, Lecourtier a le CV des couloirs où l’on décide vite et où l’on signe fort : conseiller à Bercy auprès de Nicolas Sarkozy en 2004, puis auprès de Christine Lagarde en 2007-2008, dirigeant d’Ubifrance, ambassadeur en Australie en 2014. Là-bas, il a participé aux négociations du fameux « contrat du siècle » des sous-marins avec Canberra, finalement annulé en 2021, un épisode qui a laissé des traces, et qui rappelle au lecteur qu’en diplomatie, les grandes annonces peuvent finir en grand silence.
Ensuite, Lecourtier a pris les commandes de Business France, avant d’être nommé ambassadeur au Maroc fin 2022. Son profil mêle action économique et réseau diplomatique, exactement le mélange que réclame une AFD coincée entre impératifs de développement et réalités géopolitiques. Reste une inconnue, plus politique qu’administrative : avec un tel capitaine, l’agence mettra-t-elle davantage le cap sur l’efficacité et les partenariats, ou sur l’affichage et les grands objectifs symboliques ? La réponse se jouera vite, dès les premiers arbitrages.