Deux rapports indépendants, ceux de l’institut suédois V-Dem et de la Freedom House, dressent un tableau sombre : les autocraties progressent, les démocraties s’effritent, et 74 % de la population mondiale vit désormais sous des régimes autoritaires.
Les chiffres sont nets. Selon l’institut suédois V-Dem, 74 % de la population mondiale, soit environ six milliards de personnes, vivent aujourd’hui dans des autocraties. À l’opposé, seulement 7 % habitent dans des démocraties libérales. Ces données, reprises par plusieurs grands titres de la presse internationale, alimentent une inquiétude croissante à l’approche d’une dizaine d’élections majeures, de Tel-Aviv en octobre à Washington en novembre, en passant par Paris, Rome ou Madrid courant 2027.
La géopolitologue et prospectiviste Virginie Raisson-Victor pointe une mutation du danger : « La menace pour la démocratie s’est transformée. La tenue d’élections libres ne suffit plus pour garantir la démocratie. » Le péril ne vient plus des coups d’État militaires, mais des vainqueurs des urnes eux-mêmes, qui utilisent leur mandat pour modifier les règles du jeu à leur profit.
Les États-Unis illustrent cette trajectoire. Toujours selon V-Dem, le pays est passé du statut de démocratie libérale à celui de démocratie électorale sous la présidence de Donald Trump. Les élections de mi-mandat prévues en novembre sont présentées comme un test de la capacité américaine à rééquilibrer les pouvoirs.
Plusieurs facteurs expliquent cette érosion : la perte d’efficacité des institutions, une crise de la représentation creusant le fossé entre population et élites, le bouleversement du débat public par les réseaux sociaux et leurs algorithmes, un enchaînement de crises poussant à gouverner dans l’urgence, et une désillusion profonde vis-à-vis de la promesse démocratique elle-même.
Les régimes autoritaires contemporains n’ont plus besoin de chars. Ils s’appuient sur des lois sécuritaires répressives, des enquêtes fiscales ciblées, la fermeture des médias indépendants et l’étouffement de toute dissidence. Ce qui frappe davantage, c’est l’absence de réaction : l’autoritarisme se heurte à l’indifférence, voire suscite des applaudissements. Les populistes, de gauche comme de droite, ont su exploiter cette brèche en désignant les partis traditionnels, la justice indépendante et les médias comme une seule et même élite corrompue.
Pourtant, la résistance s’organise. Aux États-Unis comme à l’étranger, la déférence envers Trump cède progressivement la place à la défiance. Le schéma qui avait prévalu au début de son retour au pouvoir (exigences, pression, capitulation de l’interlocuteur) ne fonctionne plus systématiquement. Le Premier ministre canadien Mark Carney a refusé de céder à l’ultimatum commercial américain, même au prix de droits de douane punitifs. Les dirigeants européens ont décliné de participer à la confrontation avec l’Iran. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a rejeté le plan américain pour Gaza. Les États arabes du Golfe ont contraint Washington à renoncer à son projet de péage maritime dans le détroit d’Ormuz. Sur le sol américain, universités, cabinets d’avocats et marchés obligataires ont chacun, à leur manière, résisté aux directives présidentielles.
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