Gaza : de l’aide entre enfin, mais la famine menace toujours alors que la guerre se poursuit
Gaza : de l’aide entre enfin, mais la famine menace toujours alors que la guerre se poursuit

Après onze semaines de blocus, Israël a annoncé mercredi avoir autorisé l’entrée dans la bande de Gaza de 100 camions d’aide humanitaire transportant de la farine, des aliments pour bébés et du matériel médical. Pourtant, selon les responsables de l’ONU sur le terrain, ces livraisons peinent encore à atteindre les populations civiles les plus durement touchées. De nombreuses boulangeries gazaouies attendent toujours de la farine, tandis que les hôpitaux, soupes populaires et marchés ne reçoivent que très peu de ravitaillement.

Antoine Renard, directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) pour Gaza, a affirmé que l’aide restait largement bloquée à proximité du point de passage de Kerem Shalom. Des milliers de tonnes de vivres sont ainsi immobilisées, faute de mécanisme de distribution sécurisé et opérationnel. L’ONU a exprimé son inquiétude, estimant qu’un quart de la population gazaouie est désormais menacée de famine.

Des témoignages poignants, comme celui de Mahmoud al-Haw, qui patiente chaque jour jusqu’à six heures pour une simple assiette de soupe de lentilles, rappellent l’ampleur de la crise humanitaire. Les autorités israéliennes affirment de leur côté que le Hamas détourne l’aide humanitaire — une accusation rejetée par le groupe islamiste. En parallèle, un nouveau système de distribution soutenu par les États-Unis, reposant sur des opérateurs privés, devrait entrer en vigueur d’ici la fin du mois, bien que l’ONU ait refusé d’y participer, le jugeant non neutre.

Sur le plan militaire, les bombardements israéliens ont tué au moins 50 personnes mercredi à Gaza, selon les autorités locales. Tsahal a revendiqué des frappes sur 115 cibles, incluant des tunnels et infrastructures militaires. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou, sous pression nationale et internationale croissante, a réaffirmé sa volonté de poursuivre la guerre jusqu’au désarmement du Hamas, tout en se disant ouvert à un cessez-le-feu temporaire conditionné au retour des otages.

Les critiques se multiplient à l’étranger comme en Israël. Le chef de l’opposition de gauche, Yair Golan, a dénoncé une « guerre insensée » et mis en garde contre le risque de voir Israël devenir un « État paria ». Ses propos, appuyés par l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, ont déclenché une vive polémique. Selon un sondage de l’Université hébraïque de Jérusalem, 70 % des Israéliens se disent favorables à un cessez-le-feu assorti d’un accord pour le retour des 58 otages encore détenus.

En parallèle, Netanyahou reste confronté à des difficultés politiques internes : en retard dans les sondages, menacé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale et poursuivi pour corruption, il s’aligne toujours sur l’aile la plus dure de son gouvernement, qui prône la poursuite de la guerre jusqu’à la « victoire totale » et, pour certains, l’expulsion des Palestiniens de Gaza.

Depuis le début de l’offensive lancée en réponse à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, plus de 53 600 Palestiniens auraient été tués selon les autorités de Gaza. La bande côtière est aujourd’hui en ruines, et les signes de malnutrition sévère se généralisent, selon les groupes humanitaires présents sur place.

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