SNCF : la ruée sur les billets de Noël fait déjà grimper les prix (flickr)
SNCF : la ruée sur les billets de Noël fait déjà grimper les prix (flickr)

La SNCF multiplie les annonces de promotions pour séduire les voyageurs, mais la réalité des prix reste difficile à ignorer. En France comme ailleurs en Europe, le train demeure globalement plus cher que l’avion, un paradoxe à l’heure où la transition écologique devrait pousser à privilégier le rail. Selon une étude publiée par Greenpeace, voyager en train coûte en moyenne deux fois plus cher que prendre l’avion sur le continent. Et les écarts atteignent parfois des sommets : jusqu’à vingt-six fois le prix d’un billet d’avion low-cost sur certains trajets. 

Une distorsion entretenue par la fiscalité

Comment expliquer une telle différence ? D’abord par les infrastructures. Les compagnies ferroviaires paient des péages élevés pour circuler sur les lignes, ce qui renchérit mécaniquement le coût du billet. La SNCF verse ainsi environ 4,5 milliards d’euros par an à SNCF Réseau pour utiliser les rails. En face, l’aviation bénéficie d’avantages fiscaux massifs : kérosène non taxé, TVA réduite voire inexistante sur les vols internationaux, redevances aéroportuaires plus faibles. Selon Greenpeace, l’ensemble de ces avantages équivaut à une subvention indirecte de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an au secteur aérien européen.

Un obstacle à la transition écologique

Le résultat est connu : une famille cherchant à partir en vacances privilégiera l’avion si le prix est divisé par dix, voire plus. En France, malgré l’interdiction récente de certaines lignes aériennes intérieures lorsqu’une alternative ferroviaire existe en moins de 2h30, l’avion continue d’attirer. Or, les émissions de CO₂ d’un vol moyen-courrier sont environ 80 % plus élevées que celles du train sur le même trajet. Pour les associations écologistes, cette situation compromet les objectifs climatiques. Si les passagers basculaient massivement de l’avion au rail pour les trajets inférieurs à 1 500 km, l’Europe pourrait réduire de 3,5 millions de tonnes ses émissions annuelles de CO₂.

La SNCF entre communication et contraintes structurelles

Face à ce constat, la SNCF mise sur les campagnes promotionnelles pour redorer son image et attirer une clientèle sensible au prix. Mais ces réductions ponctuelles ne changent rien aux contraintes structurelles. Le prix moyen d’un billet TGV a augmenté de 10 % entre 2019 et 2024, selon l’Autorité de régulation des transports, et certains trajets phares comme Paris–Marseille dépassent désormais régulièrement les 100 euros en dernière minute. La question dépasse donc la SNCF et pose celle d’un rééquilibrage fiscal. L’Allemagne a déjà baissé la TVA sur ses billets de train longue distance de 19 % à 7 % en 2020, provoquant une hausse de fréquentation immédiate. En France, une mesure similaire est régulièrement évoquée, mais n’a pas encore été adoptée. Les ONG appellent aussi à instaurer une taxe sur le kérosène, ce qui permettrait de réduire l’avantage compétitif de l’aviation. En attendant, le rail reste un choix vertueux mais souvent coûteux, obligeant nombre de voyageurs européens à arbitrer entre leur portefeuille et leur conscience écologique.

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