Shein dans le viseur du gendarme des lobbys
Shein dans le viseur du gendarme des lobbys

A une semaine de l’examen sénatorial de la loi anti-fast-fashion, le géant chinois fait l’objet d’un signalement inédit auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Deux ONG, Les Amis de la Terre France et l’Observatoire des multinationales, dénoncent des « irrégularités » dans les déclarations de lobbying de Shein et de ses filiales, ainsi que l’omission de ses conseillers politiques, à commencer par l’ex-ministre Christophe Castaner. En épluchant le registre de la HATVP, les associations relèvent que les sociétés du « groupe Shein » listent avec précision leurs actions caritatives, mais restent floues lorsqu’il s’agit de détailler leurs interventions sur la proposition de loi visant à encadrer l’empreinte environnementale de la mode low-cost. Roadget Business, la maison mère de Singapour, avoue pourtant avoir plaidoyé « liée à la PPL [proposition de loi] » dès le 19 mars, jour de son examen en commission sénatoriale, en rencontrant ministres et cabinets à Matignon, Bercy et au ministère de la Transition écologique. Les dépenses associées — notamment celles de l’agence de communication de crise Plead, mandatée pour influencer les débats — semblent, selon le signalement, avoir été sous-déclarées, voire omises.

Castaner, l’atout controversé

L’ancien ministre de l’Intérieur, revenu de la vie politique pour rejoindre fin 2024 le comité RSE de Shein, n’apparaît nulle part comme représentant d’intérêts dans sa propre déclaration à la HATVP. Pourtant, ses prises de position médiatiques contre la loi anti-fast-fashion et son rôle affiché pour « favoriser l’investissement du groupe en France » ressemblent à s’y méprendre à un lobbying indirect. Nicole Guedj et Bernard Spitz, également recrutés pour conseiller Shein, sont dans le même cas. En cas de manquement avéré, ils s’exposent à un an de prison et 15 000 € d’amende. Le signalement, déposé le 23 mai, tombe au moment où Plead multiplie les rendez-vous avec des parlementaires pour faire valoir que toute « taxe supplémentaire » pèserait « sur les ménages modestes ». La HATVP dispose désormais de 60 jours pour diligenter contrôles sur pièces et sur place, et vérifier si la transparence promise par la loi n’a pas été sinistrement contournée.

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