KIEV — La fin annoncée du régime commercial préférentiel accordé par l’Union européenne à l’Ukraine pourrait coûter au pays jusqu’à 3,5 milliards d’euros par an, selon un responsable ukrainien de haut rang. Une perte colossale qui ne pourra pas être compensée par d’autres débouchés, a-t-il averti vendredi, à quelques semaines de l’échéance.
Depuis l’invasion russe en février 2022, l’UE avait levé temporairement ses droits de douane et quotas sur les produits agricoles ukrainiens, un geste de solidarité destiné à soutenir l’économie d’un pays en guerre. Mais ces mesures exceptionnelles doivent expirer le 5 juin, et l’Union envisage désormais de revenir à son régime commercial antérieur avec Kiev, le temps de négocier un nouvel accord bilatéral.
« Selon les estimations des experts, la fin du régime sans visa économique pourrait nous coûter 3,5 milliards d’euros par an », a déclaré Danylo Hetmantsev, président de la commission parlementaire ukrainienne chargée des affaires financières, dans un message publié sur Telegram. Il a souligné que les filières du maïs, du sucre, du miel et de la volaille seraient les plus durement touchées. Hetmantsev a précisé que les exportations ukrainiennes s’élevaient en moyenne à 2,9 milliards d’euros par mois en 2025, rendant difficile toute substitution sur d’autres marchés.
Face à la grogne des agriculteurs européens, qui dénoncent une concurrence déloyale provoquée par l’arrivée massive de produits ukrainiens à bas prix, Bruxelles a déjà instauré des « freins d’urgence ». Ceux-ci limitent les importations de plusieurs produits agricoles, notamment la volaille, le sucre et le maïs, à leurs niveaux moyens observés entre 2021 et 2023.
Le ministre ukrainien des Finances a indiqué être en discussions avec les institutions européennes pour prolonger les mesures exceptionnelles, mais la Commission européenne a déclaré qu’aucune extension n’était actuellement prévue. De nouvelles restrictions, notamment une réduction drastique des importations de sucre ukrainien, sont même à l’étude.
L’Ukraine, dont l’économie repose en grande partie sur ses exportations agricoles, redoute les effets cumulatifs de ces limitations commerciales alors qu’elle continue de faire face à une guerre longue, à des destructions d’infrastructures et à une pression budgétaire croissante. Une perte annuelle de plusieurs milliards d’euros compromettrait encore davantage ses capacités de résilience économique.