La dynamique des énergies renouvelables, jusqu’ici moteur de la transition énergétique mondiale, connaît un coup d’arrêt. Selon plusieurs observateurs du secteur, la croissance du solaire et de l’éolien s’essouffle sous l’effet conjugué de revirements politiques aux États-Unis et en Chine. Une tendance qui compromet sérieusement l’objectif fixé lors de la COP28 : tripler les capacités mondiales d’ici à 2030.
Un ralentissement inattendu des deux géants de l’énergie
Les États-Unis, longtemps présentés comme un modèle de relance verte grâce à l’Inflation Reduction Act, réduisent la portée de certains dispositifs de subventions et allongent les délais d’autorisation pour de nouveaux projets. De l’autre côté du Pacifique, la Chine, pourtant première productrice mondiale d’énergies renouvelables, a ralenti ses investissements, privilégiant le renforcement de son parc charbonnier pour sécuriser sa consommation intérieure. Ce double ralentissement frappe un secteur déjà fragilisé par la hausse du coût des matériaux, les tensions commerciales sur les composants photovoltaïques et les difficultés de raccordement au réseau. Résultat : la croissance annuelle des capacités installées, qui dépassait 13 % en moyenne depuis 2020, pourrait tomber sous la barre des 9 % en 2025, selon les premières estimations de l’Agence internationale de l’énergie.
L’objectif de 2030 s’éloigne
Lors de la dernière conférence mondiale sur le climat, les pays s’étaient engagés à tripler les capacités renouvelables pour atteindre environ 11 000 gigawatts à la fin de la décennie. Or, à ce rythme, les projections révisées montrent qu’à peine deux tiers de cet objectif seraient atteints. L’Europe maintient ses efforts, notamment grâce à l’essor du solaire résidentiel et à la relance de l’éolien en mer, mais ces avancées ne suffisent pas à compenser le ralentissement américain et asiatique. Les experts soulignent également le manque d’infrastructures de stockage et de transport d’électricité, maillon indispensable pour absorber une production intermittente. Sans réseaux modernisés ni capacités de batteries suffisantes, l’énergie produite ne peut être pleinement exploitée.
Des signaux politiques préoccupants
Le ralentissement s’explique aussi par un climat politique changeant. Aux États-Unis, le débat sur le coût des politiques climatiques est redevenu central à l’approche de la présidentielle, entraînant une incertitude sur les investissements. En Chine, les autorités privilégient désormais la stabilité énergétique à court terme plutôt que les objectifs climatiques à long terme. Les organisations environnementales s’inquiètent de ce désengagement progressif. Elles rappellent que, sans un effort coordonné, la trajectoire actuelle rendra impossible le respect des engagements climatiques pris à Dubaï. L’année 2025 devait marquer une accélération, elle pourrait bien devenir celle du premier coup de frein sérieux dans la transition énergétique mondiale.